Voici un premier extrait de mon roman, Les effets du chlore sur le cerveau. Bien sûr, il est interdit de le reproduire, copier etc…

Le roman est en précommande jusqu’au 15 octobre…


Katsuo avait observé le visage de Darell alors qu’il énonçait le fait que c’était son souhait à lui, et non le sien. Mais Darell ne semblait pas faire attention aux figures de style. Voulant en avoir le cœur net, Katsuo voulut l’interroger plus directement, mais avant, il prit avec précaution une petite assiette et y plaça quelques bouchées, avant d’oser demander.

— Otomo m’a demandé si ce ne serait pas plus simple que nous changions notre destination pour nos fiançailles… Prendre par exemple un endroit moins effrayant pour moi. Comme je l’avais suggéré, il y a…

— Pas question ! coupa sèchement Darell.

Il le fixait froidement de ses yeux bleus clairs. Son beau visage viril s’était rembruni et son expression s’était fermée.

— J’ai toujours rêvé d’aller aux îles Grenadines… et puis, j’ai vraiment envie de me sentir dépaysé… Avec mon boulot, je vais partout sur la planète et tous les endroits que tu me suggères, j’y suis déjà allé. Ce n’est même pas la peine de m’en reparler. Par contre, ce Otomo devrait se mêler de ses affaires.

Katsuo avala une nouvelle bouchée et déclara d’une voix neutre.

— Nous sommes allés boire un verre après la piscine, il voulait me parler de ma phobie…

Le bruit sec de couverts qui claquent fit sursauter Katsuo. Jamais un japonais ne se permettrait de claquer ses couverts de la sorte. Katsuo redressa la tête et vit la colère déformer les traits de son amant. Le serrement de mâchoire et le froncement de sourcil de Darell mirent le jeune homme en alerte.

— Il ne s’est rien passé et Haru était là…

— Haru ? Je m’en fous de cette Haru. Qu’est-ce que t’es allé foutre dans un café pour boire un verre avec ce type…

Un mélange de colère et d’incompréhension envahirent Katsuo qui répondit sur la défensive.

— Il veut juste m’aider à affronter mes peurs et les comprendre…

— Y’a rien à comprendre ! rétorqua sèchement Darell. Tu apprends à nager point barre. Si jamais, il te propose de boire à nouveau un verre, tu refuses…

Comme une bulle de savon devenue trop grosse pour contenir toutes ses émotions, toutes les interrogations qui avaient tourmentées Katsuo durant l’après-midi, se précipitèrent sur ses lèvres, laissant éclater ses doutes.

— Darell, je n’ai pas d’ami. Enfin plus d’amis. Cela fait si longtemps que nous ne sortons plus ! Je ne peux plus sortir…

— Et pourquoi aurais-tu besoin de sortir ? coupa Darell. Pour voir qui ? Tu ne crois pas que tu as passé l’âge à trente-sept ans ?

Le ton déplu à Katsuo qui habituellement aurait abandonné parce qu’il savait vers quel conflit cela déboucherait, mais pas ce soir !

— Tu ne veux pas que je sorte, très bien, mais pourquoi m’obliges-tu à faire des choses qui me terrifient !

— Tu ne vas pas me dire qu’une petite piscine est un acte insurmontable ? Tu es ridicule !

— Ridicule ?

Les yeux de Katsuo faillirent lui sortirent de la tête. Son cœur se mit à battre très vite, et la colère progressait de manière alarmante en lui. Il s’était redressé de ses coussins et foudroyait Darell du regard. Ce dernier commençait à perdre patience aussi de son côté.

— Je me demande si tu m’écoutes ! Tu n’en fais qu’à ta tête ! J’étouffe ! Sortir cet après-midi, ça a été comme de l’oxygène et je me suis rendu compte que cela me manquait terriblement. Si je dois faire ce que tu me demandes, fait en sorte que je puisse aussi…

Katsuo ne put terminer sa phrase, Darell le coupait à nouveau et visiblement très remonté lui aussi.

— Qu’est-ce que tu as à me reprocher ? Tu as tout ce que tu veux ! Un appartement de luxe, des vêtements de luxe, une moto, une voiture, et un train de vie que beaucoup t’envieraient !

— Et tu crois que c’est suffisant ? demanda Katsuo. Je ne vois plus mes anciens amis ! À peine ma famille ! Tu m’as même fait abandonner mon groupe alors que j’adorais me produire sur scène ! reprocha encore Katsuo.

— Tss ! Ce n’était qu’un passe-temps et ton petit groupe n’aurait jamais été connu. Qu’est-ce que tu veux ? Tu veux te souler la gueule tous les vendredi soirs avec tes potes ? J’te rappelle que t’as plus vingt ans ! À moins que tu veuilles t’envoyer en l’air avec un autre ?

— C’est vrai ça, fit soudain Katsuo fou de rage. Où sont passés mes vingt ans ? J’ai l’impression de les avoir perdus avec toi !

Prenant un poignet de Katsuo entre ses doigts, et en renversant la vaisselle dans un horrible bruit sur le lit, Darell tira son compagnon à lui d’un mouvement brusque. La colère déformait ses traits.

— Tu m’as moi Katsuo et c’est largement suffisant. Tu n’as pas besoin des autres ! Tu n’as pas besoin de sortir, mis à part lorsque j’en ai besoin pour mes déplacements professionnels. Tu es à moi Katsuo ! À moi, seul ! Tu m’as bien compris ?

Son autre main tenait fermement son menton entre ses doigts. Le cœur de Katsuo battait à tout rompre.

– Je ne te trompe pas ! Je m’astreins aux mêmes règles que toi ! Nous ne sommes pas heureux comme cela ? Alors, si je te demande d’aller aux îles Grenadines, nous irons parce que c’est mon seul souhait… Donc nous irons que tu le veuilles ou pas ! martela-t-il froidement.

Katsuo fixait son petit ami avec consternation. Darell s’enflammait de plus en plus souvent dernièrement. Et son obstination et l’obsession qu’il éprouvait pour lui, commençait sérieusement à le déranger.

De son côté, le cœur de Darell battait la chamade. Pourquoi Katsuo éprouvait-il le besoin de voir quelqu’un d’autre que lui ? Lui ne vivait que pour Katsuo. C’était sa vie, son obsession… S’il le quittait, son monde s’écroulerait.

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