Pandémonium couverture

Genre : Bit-lit / FxF / Drame

Autrice : Marlène Jedynak

Nouvelle écrite en septembre 2012

Publié par : YBY Editions - recueil de nouvelles n°1

Fait partie de l'univers des fondateurs.

Synopsis :

Danka fuit Marek, un sbire d'Ita dans le vieux Lyon. Blessée, elle est admise à l'hôpital où elle rêve un court instant qu'elle puisse avoir une relation comme tout le monde avec la jolie infirmière au doux prénom de Marie-Rose.

Toutefois, l'ombre d'Ita plane sur elle sombre et menaçante et elle sait dans le fond qu'elle n'a d'autre choix que de l'affronter. Peut-être un peu plus vite qu'elle ne le pense...

Nouvelle FxF

La journée avait été particulièrement pourrie, tout comme le temps d’ailleurs. La nuit grignotait déjà la luminosité du soleil, pour envahir de son ombre les rues tortueuses du vieux Lyon. Le macadam humide luisait doucement sous les réverbères qui peu à peu illuminaient la ville.

Une silhouette féminine traversait rapidement la rue. Tournant régulièrement son visage comme pour s’assurer qu’elle n’était pas suivie, son regard furtif ne se distinguait pas derrière ses grandes lunettes teintées et recouvertes de gouttelettes. Étrange accessoire par ce temps qui fit se retourner les quelques badauds qu’elle croisait.

Bousculant par inadvertance un adolescent qui apparut devant elle en skate, les lunettes de soleil glissèrent du nez de la vampire. Le jeune homme balbutia un remerciement alors qu’une poigne forte le redressait sur ses jambes comme un vulgaire fétu de paille.

Levant les yeux vers son interlocutrice, les mots s’évanouirent sur ses lèvres. Deux prunelles d’un rouge phosphorescent, pareil à du grenat et indéniablement surnaturel, pas comme ses lentilles bon marché qu’on achetait pour se donner un look en tous les cas, le fixaient.

  • Fais attention à ce que tu fais ! grogna la femme.

Trop captivé par le mouvement rapide de la main qui avait tôt fait de remonter les lunettes qui avaient glissé, le jeune homme ne réagit pas, tout comme il resta comme hébété sur le trottoir pendant un long moment, même après le départ de l’étrange créature, comme s’il restait empêtrer dans un quelconque sortilège dont il était incapable de se sortir.

Danka resserra son long manteau contre elle. Le froid ne la saisissait pas, mais cacher un pieu en bois d’une bonne trentaine de centimètres n’était pas chose aisée, surtout quand une espèce d’énergumène humain vous rentrait dedans. Oubliant quelques instants d’être discrète, elle pila lorsqu’elle reconnut la silhouette masculine qui l’attendait là, à quelques mètres devant elle sur la place de la Trinité.

Sa gorge se serra malgré elle. Comment Marek osait-il se montrer de la sorte au milieu d’un endroit fréquenté par des humains ? Jusqu’ici, Danka était persuadée qu’en se réfugiant dans un quartier plus passant, il se serait fait plus prudent, voir le stopper dans sa traque. Oui, mais voilà… Marek devenait de plus en plus entreprenant, acquérant de l’assurance au fil des décennies. De plus, à cette époque décadente où les hommes ne croyaient plus en Dieu et vénéraient le Diable, un vampire ressemblait plus à un objet de curiosité, voire d’un ami, plutôt que d’un prédateur prêt à vous retirer la vie… Ils seraient même capables de voir ça comme un honneur…

Oui, mais si ces mêmes hommes savaient ce qui les attendaient après cette mort, pas sûr qu’ils soient prêts à s’y jeter les bras ouverts. De sa main sous le manteau, Danka serra un peu plus fort son pieu, alors que Marek, victorieux, s’approchait d’elle tout sourire. Il l’interpella en tchèque, sûr de ne pas être compris par les humains alentour.

  • Comme tu as l’air pressé Danka ? Pourtant, il y a peu… tu cherchais à tuer ta maitresse.

Planté devant elle à présent, un de ses doigts glacés caressant sa peau aussi douce que de la pierre polie, il se pencha comme un amant retrouvant sa maîtresse.

  • Elle est fâchée, tu sais…
  • Je m’en fiche ! cingla Danka furieuse.
  • Elle pourrait te tuer…
  • Si seulement elle mettait ses menaces à exécution. Au lieu de cela, elle ne se contente que de paroles.
  • Tu es ingrate !

Marek l’observait à présent très surpris. Curieux de rencontrer un vampire mécontent de sa nature. Le visage levé vers lui était ciselé, ses yeux rougeoyaient derrière ses lunettes sombres. Ses cheveux blonds platine s’échappaient du chapeau qui cachait le haut de son visage… Certainement la plus belle des créatures qu’avait transformé leur maitresse commune, mais la plus rebelle également.

Fuguant régulièrement depuis cinq siècles Danka avait subi le fouet, la lumière crue du plein soleil qui ne les faisaient pas fondre ou rendre à la poussière, comme le pensaient les humains, mais les brûlait horriblement, l’emmurement, la faim… rien n’y faisait. Cette femme ne cherchait qu’à fuir, voulant vivre comme une humaine, loin de sa famille, loin de ses congénères, comme s’ils étaient des pestiférés.

La colère avait depuis longtemps quitté Marek, depuis le temps… C’était devenu une corvée de plus, un jeu parfois, là ce soir, il voulait juste en finir vite. Ita Kodetovà voulait retrouver son joujou et il lui donnerait de grès ou de force.

Sa main glissa vers le coude de sa proie qui voulut se soustraire à son emprise d’une secousse, mais habitué à ses ruades intempestives, il enserra son articulation avec une force telle que l’os craqua sous la pression. Un humain aurait hurlé à la mort, alors que Danka grimaça simplement de douleur.

  • Sois gentille pour une fois… je voudrais rentrer de bonne heure ce soir et en plus il pleut.
  • Deviendrais-tu casanier avec les années Marek ? se moqua Danka.
  • La ferme, femme !

La vampire aurait voulu lui répondre, mais l’étreinte autour de son coude devint intolérable et sans réticence elle suivit cet homme qui la dépassait d’au moins une tête.

  • Aie l’air plus aimable Danka… je n’ai pas envie de me faire arrêter pour kidnapping.
  • Ce n’est pas ce que tu fais pourtant ? grimaça amer la vampire.
  • Pourquoi es-tu si obstinée à la fin ? demanda abruptement Marek en lui jetant un regard agacé.
  • Contrairement à toi, je n’ai pas choisi cette vie, si on peut appeler ça une vie d’ailleurs, ricana la femme qui paraissait tout au plus vingt-cinq ans.
  • Franchement… tu es…

Alors qu’ils avaient rejoint la montée du Gourguillon, un groupe de jeunes gens particulièrement joyeux ou ivres, bouscula le couple. Danka remarqua immédiatement le lâcher-prise de son congénère affairé avec deux étudiants particulièrement hilares, prêts à l’entrainer à terminer la fête avec eux. Sans demander son reste, Danka courut aussi vite que possible, abandonnant son pieu sur le trottoir dans un bruit sec, elle avait besoin de toute son énergie pour s’éloigner le plus vite possible de ce type.

D’ailleurs, elle ne fut pas longue à entendre derrière elle, les pas précipités du vampire qui parfois courraient sur une flaque sans prendre la peine de l’éviter. Abandonnant son style humain, Danka accéléra de manière inattendue et aléatoire. Son regard, même si elle cavalait à plus de cinquante kilomètres par heure, captait les murs des façades, comme les obstacles qu’elle évitait à la dernière seconde.

Sa course était raide et percevant le rythme cardiaque de son poursuivant, Danka grimpa telle une araignée le mur vertical d’une grande maison. Sur le toit, après un bref coup d’œil autour d’elle, la vampire continua sa fuite éperdue. Retrouver Ita c’était pire que la mort… Cette femme avait perdu son humanité depuis si longtemps qu’elle se comportait comme un monstre. De toute façon, elle en était devenue un !

Peu lui importait que ses proies soient hommes, femmes enceintes ou non, enfants, vieux, jeunes… rien ne l’arrêtait si elle jugeait un mortel capable de l’arracher à sa soif… et quelle soif ! Elle-même sentait l’appel du sang à présent. Utiliser ses pouvoirs de manière intense provoquait cette envie irrépressible de se saisir d’une gorge, peu importe laquelle du moment qu’elle vous ouvre les portes d’un véritable paradis pour certains, l’enfer pour elle.

Sautant une nouvelle fois sur un toit raide où tuiles en ardoises glissantes la firent dérapée, Danka se rattrapa de justesse et se hissa avec grâce sur le haut de la toiture… où l’attendait Marek, cette fois-ci en colère. Se penchant vers elle, le vampire sous l’éclat blafard des lampadaires la roua de coups. Loin de se laisser faire, Danka répliqua, jusqu’à devoir courir comme un couple à la course funeste.

  • Si Ita ne veut pas te tuer, moi je le ferai Danka ! hurla Marek fou de rage.

Avait-elle été trop loin ? Cette question la traversa alors que son corps plongea dans la Saône.

°°0o0°°

 Un bip, bip régulier l’agaça. Elle aurait voulu que cela s’arrête. Ce bruit étranger ne lui était pas familier… tout comme cette odeur. Qu’est-ce que c’était ? Ouvrant brutalement les yeux, Danka dû les refermer. La lumière, bien que tamisée, lui brûlait la rétine. Se redressant sur son lit, la jeune femme remarqua les machines, les murs froids et sa tête se mit à tourner. S’allongeant à nouveau sur son matelas, la jeune femme remarqua la poche de sang accrochée à ses côtés.

Que lui était-il arrivé ? Avait-elle eu un accident grave ? Fouillant sa mémoire afin de retrouver le moindre indice, cette dernière lui refusa l’accès à ses souvenirs. La porte s’ouvrit la faisant sursauter. Levant les yeux vers l’homme qui la fixait préoccupé, Danka cligna des yeux à plusieurs reprises toujours mal à l’aise avec la lumière trop vive à son goût.

  • Vous vous êtes enfin réveillée ? Nous allons en savoir un peu plus… Madame ou Mademoiselle ? interrogea en français le médecin qui prenait son pouls à son poignet pour ensuite la palper à différents endroits de son anatomie.
  • Euh… Danka Svitàk.

L’homme cessa de la toucher pour l’observer attentivement.

  • Étrangère ?
  • Je crois… murmura Danka peu sûre d’elle.
  • Nous n’avons pas trouvé de papiers sur vous. Et vous ne vous rappelez de rien apparemment…
  • Je cherche depuis que je me suis réveillée…
  • Dites-moi, vous clignez des yeux. Quelque chose vous gênerait-il ?

En disant cela, une main se saisit de son menton d’autorité et un faisceau lumineux éblouit l’œil droit de Danka qui hurla et envoya valser la lampe de poche. Éblouit, un voile rouge lumineux lui obstruait la vue. Elle hurlait en tchèque et essayait désespérément de calmer les pulsions de purs affolements qui l’étreignaient tels des poings acérés lui lacérant les entrailles.

Une voix l’appela ou appela quelqu’un d’autre, Danka ne savait plus, son français lui paraissait étrangement lointain. Les bras qui la saisissaient lui rappelaient d’autres mains et une sensation proche de la vomissure lui amenant de la bile dans la bouche, la traversa. Une piqure douloureuse la figea dans sa tentative à vouloir s’échapper de ce monde inconnu et froid qui l’entourait. Les ténèbres la happèrent de nouveau.

°°0o0°°

Lorsqu’elle ouvrit les yeux à nouveau, ce fut la nuit qui l’accueillit. Danka se redressa immédiatement, se remémorant avec acuité de son premier réveil. La porte s’effaça pour laisser passer une femme d’au moins une trentaine d’années, brune dont les cheveux étaient tirés en chignon et des yeux verts pétillants comme pouvait l’être le champagne.

Elle parut surprise de la voir réveillée et instantanément, elle appuya sur l’interrupteur, avant que les protestations de Danka ne l’atteignent. Cette dernière posa un bras en protection contre cet afflux de luminosité crue.

  • Fermez la lumière, supplia Danka.
  • Je suis désolée, mais je dois voir si vous allez bien. Nous n’avons pas pu vous ausculter cet après-midi alors, je suis les ordres que j’ai reçus.

Danka resta figée à attendre, effrayée d’être à nouveau éblouit au point d’en perdre la vue. La main pourtant douce la fit sursauter au point que la soignante fit elle-même un bond en arrière.

  • Je ne suis pas là pour vous blesser, protesta cette dernière.

Marie lui vint à l’esprit. Était-ce son prénom ? Marie Rose Meulin, infirmière, trente-six ans et célibataire. Surprise de sa découverte Danka baissa sa garde et se laissa faire. Trop heureuse du revirement de situation, la soignante en profita pour faire les premiers examens simples. Les yeux de Danka se portèrent sur l’étiquette accrochée à la blouse de l’infirmière. Marie R. Meulin.

Comment connaissait-elle son nom ? Elle en était persuadée, elle ne l’avait jamais rencontré jusqu’ici. Quelque chose en elle le lui soufflait, tout comme son instinct lui avait chuchoté toutes les informations précédentes.  Devenait-elle folle ? Cela ne l’empêcha pas d’être troublée par sa présence et son parfum. Ses yeux suivirent la courbe de sa nuque où quelques cheveux rebelles frisaient. Elle remarqua le petit papillon aux ailes déployées, tatoué juste derrière le lobe de l’oreille.

  • … vous avez perdu beaucoup de sang, mais nous n’avons pas découvert de blessures sur vous. Avez-vous vraiment perdu totalement toute votre mémoire ?

Danka rougit. Elle n’avait écouté que la fin de la conversation. Ses souvenirs ? Levant avec précaution ses yeux, elle rencontra à nouveau le regard plein de vie de son interlocutrice. Visiblement, elle se faisait du souci pour elle, tout comme elle paraissait intriguée par son étrange regard.

  • Je me souviens de mon nom et de mon prénom. Je sais que je ne suis pas française, même si je parle la langue. Mais, je ne me rappelle pas de mon âge ou du lieu de ma naissance. Je ne sais pas si j’ai de la famille, où je logeais…
  • Vous n’avez pas de commotion cérébrale pourtant… Vous paraissez bien vous porter. Je vais vous laisser vous reposer et prévenir le médecin de garde.

Avant que Danka puisse réagir, l’infirmière avait quitté les lieux la laissant à nouveau seule. Soudainement gênée par une piqure persistante au bras, elle observa le tube translucide transporter du sang d’une poche à sa chair. Encore ? Inconsciemment, elle toucha de son index l’aiguille qui lui transperçait la peau. Un éclair suivi d’un grondement à l’extérieur la fit sursauter. Levant les yeux vers la fenêtre elle rencontra deux yeux grenat phosphorescents.

Saisie, elle s’immobilisa, toute son attention focalisée vers son reflet. Était-ce vraiment elle ? Comment pouvait-elle avoir ce genre de regard ? Attentive, elle se tourna brusquement lorsque la porte s’ouvrit de nouveau sur un homme accompagné de la consciencieuse infirmière.

  • Enfin ! lança-t-il. Nous désespérions de vous voir réveillée…
  • Prendrai-je la place de qui que ce soit ? demanda Danka qui lisait en cet homme comme dans un livre ouvert.

Ce dernier parut décontenancé et répondit mal à l’aise.

  • Non, non… c’est… enfin… voyons voir où nous en sommes. Mon collègue m’a signalé la fragilité de votre vue.

Se tournant vers Marie Rose, il demanda.

  • Nous allons utilisés l’éclairage du dessus de lit, fermé l’éclairage principal, Mademoiselle Meulin. Si je ne peux pas faire un examen sans que je puisse faire quoi que ce soit…

C’est avec un immense soulagement que Danka se laisse porter par la lumière tamisée et indirecte. Sa vue semblait même s’aiguiser dans cet éclairage diffus. Se tournant vers le médecin, elle remarqua immédiatement son intérêt pour ses yeux.

  • Mes yeux ont toujours eu cette couleur, répondit Danka à la question silencieuse.
  • Vraiment ? s’étonna le médecin. Normalement les personnes atteintes d’albinisme ont la pupille rouge et l’iris est bleu voire avec des proportions moindres de taches rouges… les vôtres… je n’ai jamais vu cela.

Danka resta silencieuse, avec la curieuse impression d’être une bête de foire. Étonnée par les pensées de l’infirmière, la jeune femme leva les yeux vers elle et surprit son expression méprisante. Elle paraissait lui en vouloir beaucoup… faire passer le profit contre la santé de ses patients ?

  • Je ne peux pas vous donner d’explication, pour moi mes yeux ont toujours eu cette couleur, même si je ne peux pas me l’expliquer.
  • Il est étonnant que nous n’ayons jamais entendu parler de ce genre de cas auparavant.
  • Je crois que je n’aime pas beaucoup les lieux comme celui-ci, avoua Danka d’une voix un peu trop sèche.

L’infirmière mordit le creux de ses joues, Danka eut le temps de le constater avant qu’elle ne reprenne son sérieux. Visiblement sa franchise l’amusait. Leurs regards complices l’espace d’une seconde lui avaient réchauffé les entrailles.

  • Pourtant, vous êtes ici aujourd’hui… et vous en aviez bien besoin. Votre taux de globules rouges et votre taux de fer étaient anormalement bas, nous nous demandons même comment vous parvenez à survivre avec si peu de ferritine dans le sang.
  • Je… ne sais pas.

Cette réflexion l’interpellait, comme si elle avait besoin de connaître quelque chose à ce sujet. Un froncement de sourcil barra son visage délicat. Le médecin passa les minutes suivantes à lui poser des questions et à observer ses réactions aux tests qu’il effectuait.

  • Demain matin, nous ferons d’autres examens… et demain matin, vous aurez la visite de la police également. Ils sont passés après que nous vous ayons administré un sédatif. Ils aimeraient en savoir un peu plus sur vous…
  • Sur moi ?
  • Je pense qu’il est normal de savoir qui vous êtes… non ?

Pour toute réponse Danka cligna des yeux. Le médecin quitta la chambre en donnant de nouvelles instructions à Marie Rose. Cette fois-ci, cette dernière écoutait attentivement son patron.

Laissée à nouveau seule, la jeune femme réfléchit avec intensité. L’inconnu l’effraya et au fond d’elle, ses sens paraissaient en alerte. Elle savait qu’elle devait se souvenir de quelque chose d’important, mais de quoi s’agissait-il ? Le monde lui parut terrifiant, sombre et rempli de pièges prêts à se refermer sur elle, elle en avait l’intime conviction depuis que ce médecin lui avait parlé de son prochain entretien avec la police. Pourquoi se retrouvait-elle dans ce genre de situation ? La peur rampait dans le creux de son estomac et cela ne datait pas d’hier…

°°0o0°°

Assise sur son lit, son regard observant l’approche de la nuit, Danka replia ses jambes contre elle. Posant sa tête sur ses genoux, elle se remémora les questions des policiers. D’où venait-elle ? Où habitait-elle ? En voyage d’affaires ou d’agrément ? Ses papiers ? Pourquoi n’en avait-elle pas ? Avait-elle réellement perdu la mémoire ?

Mais le plus curieux dans cet interrogatoire, et ce qui la faisait s’interroger, c’est qu’exaspérée par les questions, et les doutes des policiers, son esprit avait hurlé silencieusement qu’ils se taisent. Inexplicablement c’est ce qu’ils avaient tous fait. Figés et muets alors qu’ils ne cessaient jusque-là de jacasser comme des pies.

Inquiète de les voir ainsi, Danka s’était mise à genoux sur son lit et avait claqué des doigts devant leurs yeux. Ses hommes l’avaient alors observé indécis. Que faisaient-ils tous là ? En entendant cette réflexion à voix haute et percevant leurs pensées Danka avait ajouté à la confusion en paraissant tout aussi surprise qu’eux. Ils avaient quitté la pièce sans l’importuner davantage. Le cœur de la jeune femme avait battu très fort durant tout l’échange. Danka avait entendu leurs cris derrière la porte, lorsqu’ils s’étaient exclamés sur leur erreur. Le soulagement l’avait saisi lorsqu’ils s’étaient enfin éloignés.

Plongée dans ses souvenirs, Danka sursauta lorsqu’une voix rieuse l’interpella.

  • … loin de nous.
  • Pardon ?
  • Je me disais que vous paraissiez particulièrement loin de nous.
  • Oh… je… j’essayais de me souvenir.
  • Vous devriez faire attention à vous, déclara doucement Marie Rose. N’essayez pas de vous forcer au-delà de ce que vous pourriez endurer. Je ne dis pas que vous ne devriez pas chercher…

Danka lui sourit chaleureusement. Marie Rose était une personne particulièrement humaine et chaleureuse. Elle se sentait bien en sa présence. En fait, beaucoup plus que cela… et pour le comble de sa joie, l’infirmière n’était pas insensible à son charme. D'ailleurs, elle s’était saisie de son poignet et ne cessait de le caresser. S’agissait-il réellement d’un geste médical ?

La porte de la chambre s’ouvrit, Marie Rose se redressa et se mit au garde-à-vous à côté de son lit. Le Dr Alié, toujours aussi suffisant, pénétra dans la pièce.

  • Bonjour, Madame Svitàk. Vous paraissez aller mieux… j’ai su que vous dormiez lorsque mon confrère est passé vous rendre visite. Vous n’avez pas été tenue au courant, je suppose.

Le médecin se plaça également à ses côtés, faisant reculer Marie Rose qui lui laissait la place. Danka observa ce type d’un air morne. Par contre, lui la dévorait du regard.

  • Vous avez à nouveau un taux acceptable de globules rouges, donc vous n’avez plus besoin de transfusion. Votre organisme pourra fabriquer de lui-même ce dont il a besoin. J’ai su également que vous n’aviez presque pas mangé…
  • Je n’avais pas faim, avoua Danka un peu contrariée.

Elle avait la vague impression d’être réprimandée comme une petite fille. La moue du médecin lui donna envie de le baffer, mais elle s’abstint de tout acte violent. Son regard serait sa seule arme… Danka ne sut pourquoi, mais le docteur Alié Bruno parut pris de panique. Déconcertée, elle tourna son visage vers la fenêtre. Elle allait devoir se méfier de son regard, visiblement il en terrifiait plus d’un ou les rendaient amnésiques partiels.

Les minutes qui suivirent furent consacrées à son état de santé qui s’améliorer et de sa possible sorti dans les trois prochains jours à venir. Marie Rose sortit subitement, un malade l’attendait dans une autre chambre.

  • Savez-vous où vous irez à votre sortie… Vous n’avez toujours pas retrouvé la mémoire ?
  • Et où j’irai ne vous concerne en rien ! répliqua Danka agacée.
  • Hum… commença Alié. Si vous ne savez pas où allez… ma maison est très grande et j’aurais la possibilité de vous dépanner durant quelque temps si vous le désirez.

Danka arqua ses sourcils. Les pensées du médecin lui parvinrent.

  • Est-ce normal qu’un médecin offre ce genre de proposition à une de ses patientes ?
  • Ne vous méprenez pas… c’est seulement pour vous dépanner.
  • Je vous remercie pour votre sollicitude, Docteur Alié, mais je saurais me débrouiller toute seule.
  • Comme vous le voulez… sachez toutefois qu’elle tient toujours, enfin… même après que vous ayez quitté l’hôpital.
  • Merci, répondit placidement Danka en se détournant pour éviter de le fusiller du regard.

Dieu seul savait ce qu’il lui serait arrivé, si elle l’avait fait.

°°0o0°°

La nuit était bien avancée, la lune éclairait abondamment la chambre. Danka quitta son lit pour mieux l’observer. Quelques petits nuages jouaient à cache-cache avec elle. Sa main fine se posa contre la vitre et elle en apprécia la froideur lisse. Une sensation inconnue la saisit, cela ressemblait à la peur. Pourquoi ? Pourquoi ne se sentait-elle pas en sécurité ici ?

La porte derrière elle s’ouvrit. Pas besoin de se retourner pour savoir qu’il s’agissait de Marie Rose.

  • Vous devriez essayer de dormir, vous savez…
  • Je n’ai pas sommeil. Et puis, j’ai dormi pratiquement toute la journée.
  • Le service de jour devrait essayer de vous maintenir éveillée. Vous n’allez jamais pouvoir retrouver un biorythme normal.

Danka se tourna vers l’infirmière inquiète. Elle était si jolie et si étrangement fragile à ses yeux. Son regard s’adoucit alors que Marie Rose paraissait sous son charme. Danka tendit la main vers elle, dans une invite silencieuse. Cette dernière s’avança vers elle, le regard brillant. Ses doigts se glissèrent dans les siens et Danka serra les phalanges avec tendresse. Tirant la jeune femme vers elle, elle glissa sa main derrière sa nuque gracile et de son pouce caressa le papillon qu’elle savait blotti contre son oreille.

L’expression de plaisir qui s’affichait sur son visage la rendit plus téméraire. Leurs regards s’accrochèrent. La bouche de Marie Rose s’entrouvrit l'engageant aux baisers. Danka ne se fit pas prier. Son cœur courrait comme celui d’une jeune fille en fleur, tout semblait aller de soi. Elle rejeta les idées parasites et effleura les lèvres pulpeuses de son souffle, avant d’y gouter avec délectation. Elles fondaient sous les siennes, la langue timide de sa partenaire l’excita. Un de ses bras s’enroula autour de la taille fine, et l’autre s’enterra dans la masse soyeuse de ses cheveux, obligeant sa partenaire à pencher un peu plus la tête.

Abandonnant sa bouche, elle laissa courir sa bouche sur sa nuque, la léchant, suçotant sa peau chaude et douce dont la texture paraissait inexplicablement différente de la sienne. Danka ne s’interrogea pas, elle reprit la bouche de sa partenaire voulant s’abreuver de ses baisers, tandis qu’une de ses mains caressait un de ses seins. Marie Rose n’était pas en reste et ses mains exploraient son corps plus dur en comparaison du sien.

Une des mains de Danka se glissa dans le pantalon de l’infirmière et ses doigts caressèrent la chair rebondie des fesses. Marie Rose gémit contre ses lèvres entrouvertes. Un sourire se forma sur les lèvres de Danka. Elle voulait lui faire l’…

  • Où es-tu passé Marie-Rose, nous…

Les trois femmes restèrent figées dans la pièce. Marie Rose se détacha de Danka rouge comme une pivoine. Elle passa une main nerveuse dans ses cheveux et s’excusa. Sa collègue conservait son air choqué.

  • Que se passe-t-il ici ? chuchota Helena stupéfaite.
  • Rien qui ne vous concerne, répondit Danka calmement pensant chacun de ses mots. Vous n’aviez pas une urgence ?
  • Oh oui… dépêchons-nous…

La porte se referma sur elles, laissant la patiente seule à nouveau. Danka resta immobile. Avait-elle rêvé ou bien, tout ce qu’elle venait de vivre s’était réellement passé ? Elle détacha son regard de la porte, et se concentra sur l’animation qui régnait en bas du bâtiment. Ses doigts effleurèrent ses lèvres. Le souvenir des lèvres souples contre les siennes la troublait encore, tout comme ses yeux verts languides.

°°0o0°°

Toute la journée du lendemain, Danka avait dormi d’un sommeil de plomb. Ce fut même avec difficulté qu’elle se réveilla à la nuit tombée. Une fragrance en particulier lui titilla l’odorat. Une main caressa son front tendrement, lui faisant ouvrir les yeux. Ceux de Marie Rose la dévisageaient très inquiète. D’ailleurs, elle ouvrit la bouche d’étonnement.

  • Oh Seigneur, comme je suis soulagée…
  • Pourquoi ? s’étonna Danka qui clignait des yeux à présent et se redressait avec précaution.
  • Parce que toute l’équipe soignante à essayer de te réveiller de ton sommeil et… personne n’y était parvenue. Ils t’ont fait des examens et malgré le transport et les manipulations, tu ne… tu ne…
  • Oh, Marie Rose… je suis là et bien là, sourit Danka qui prit l’infirmière entre ses bras.

Elle lui caressa le dos dans un signe d’apaisement. Une étrange sensation parcourut la malade qui relâcha son étreinte.

  • J’ai faim !
  • Euh… il n’y a plus personne en cuisine. Je veux dire que les heures de repas sont passées depuis longtemps.
  • Oui, mais j’ai faim… et j’ai soif… tellement soif.
  • Attends, je reviens. Je vais te chercher quelque chose.

Marie Rose quitta la chambre et se précipita à l’extérieur. Danka posa une main sur son ventre, n’étant pas très sûre d’elle et de ses désirs. Son regard fouilla tout autour d’elle, cherchant quelque chose sans vraiment savoir exactement de quoi il s’agissait. Sa désorientation inhabituelle l’agaça. Danka prit sa tête entre ses mains, cherchant à savoir ce que cette fébrilité soudaine voulait dire.

La porte de la chambre s’ouvrit à nouveau pour laisser la place à Marie Rose qui tenait un plateau entre ses mains.

  • Tu es pâle Danka…
  • Peut-être la faim, réussit à sourire faiblement la femme.

Sans se faire prier, Danka mangea le sandwich au poulet et but de l’eau à plusieurs reprises.

  • Je n’avais que cela avec moi. C’est un casse-croute que je me fais pour un petit creux au cours de la nuit. Je ne sais si cela sera suffisant.
  • Ne t’inquiète pas Marie Rose. Je te remercie infiniment d’ailleurs.

Danka prit une des mains de l’infirmière et la porta à sa bouche. Marie Rose rosit de plaisir sous le baisemain inattendu et sous le regard lascif de Danka.

  • Je… j’aimerai que nous ne nous embrassions plus ici. Ma collègue, je ne sais pas pourquoi, elle ne m’a pas rappelé cet épisode et n’en a pas parlé à notre hiérarchie, mais je risque de perdre ma place et ça… je ne peux pas me le permettre, chuchota Marie-Rose qui pourtant semblait sur le point de succomber.

À regret, Danka se comporta plus normalement. Elle caressa du bout des doigts la joue veloutée de l’infirmière.  Un sourire se forma sur ses lèvres.

  • Je ne ferai rien qui pourrait te causer des problèmes, Marie Rose. Tu es si… adorable.
  • Je ne sais pas ce qui m’arrive… je ne me reconnais plus lorsque je suis avec toi, murmura l’infirmière. D’ailleurs, il faut que je te laisse… je…

Le visage bouleversé de Marie Rose émut Danka qui se redressa vivement et l’embrassa, malgré ses bonnes résolutions. Son cœur battait fort ou bien était celui de sa partenaire ? Elle la laissa pourtant se détacher, et la suivit du regard, jusqu’à ce que la porte se ferme.

°°0o0°°

Comme un voile diaphane, des ersatz de souvenirs diffus allaient et venaient au grès de paramètres non gérable pour son esprit fébrile. Un homme qui la pourchassait, le bruit sec d’une arme à feu… et cette bataille à mains nues. Sa gorge se noua en se rappelant de ses ongles qui s’allongeaient de manière inhumaine et trancher la gorge de son adversaire comme si elle l’avait fait avec un poignard tranchant… tout ce sang qui coulait à flot. Et leurs chutes dans l’eau où elle avait eu l’impression de se noyer, se débattant comme un beau diable, mais affaiblit par ses blessures profondes.

Passant ses doigts dans les cheveux, la jeune femme déglutissait péniblement. Toutes ses brides de cauchemars ne pouvaient être des souvenirs ! Pourtant, le nom d’un certain Marek trainait avec insistance dans son esprit. Un profond malaise l’agitait…

De plus, depuis le départ de Marie Rose plus tôt, Danka avait la vague impression d’être épiée. Plus les minutes passaient et plus elle se sentait oppressée. Danka s’assit sur le bord du lit. Une fine couche de transpiration la recouvrait.

Elle devait partir ! C’était comme un cri, un appel, un leitmotiv… elle ne pouvait plus rester immobile ou ils la trouveraient, tout en ne sachant pas qui était ces « ils ».

Danka se leva et se dirigea vers sa petite armoire. Elle soupira de soulagement en voyant ses affaires sagement pliées. Son cœur battait si rapidement qu’elle crut qu’il sortirait de sa cage thoracique. Déstabilisée par sa frénésie inhabituelle, Danka se déshabilla maladroitement.

La porte s’ouvrit à nouveau pour laisser passer Marie Rose qui se figea en la voyant nue, quittant sa tenue d’hospitalisation pour s’apprêter à enfiler une tenue civile.

  • Mais que fais-tu ?
  • Je dois partir !
  • Maintenant ? Mais… mais que se passe-t-il ? Et pourquoi tu as l’air d’avoir si peur ?
  • Je ne peux pas te l’expliquer Marie Rose…

Elle terminait d’enfiler son chemiser, lorsqu’une curieuse sensation, physique cette fois-ci la tenailla. Soif ! Elle avait soif encore… Son regard virevoltait dans la pièce, cherchant quelque chose pour étancher cette sensation incongrue dans une situation pareille.

Boum ! Boum !

Danka porta une main à son cœur. Un gémissement franchit ses lèvres.

  • Qu’est-ce que tu as Danka ? Tu es si pâle… Tu vois, tu devrais te rallonger, de toute façon, tu ne peux pas partir d’ici.
  • Je… je…

Levant les yeux vers Marie Rose, Danka la fixa comme si elle la voyait pour la première fois.

  • Tu as l’air fiévreuse.

Danka aurait voulu supplier Marie Rose de partir, mais elle ne pouvait pas. Là, sa nuque rebondit, à l’air si tendre l’appelait. L’appelait pourquoi d’ailleurs ? Elle posa une main contre sa poitrine.

Boum ! Boum ! Boum !

Sa langue passa sur ses lèvres sèches. Elle jeta un œil vers Marie Rose, elle lui parlait.

  • Va t’allonger je vais appeler un méd…
  • Je dois partir Marie Rose ! Je suis en danger ici… chuchota difficilement Danka.

Cette dernière se redressa et la fixa avec intensité. Danka essaya d’être le plus honnête possible.

  • Dans ce cas, je vais appeler la police.
  • Non !

Danka avait crié. Tremblante, elle se saisit des épaules de Marie Rose.

  • Je ne joue pas… je sais qu’il va arriver quelque chose. Je ne peux pas te dire comment je le sais, mais si je ne pars pas… Tu… tu… ahhh…
  • Tu es faible Danka.
  • Mais si je reste ici…
  • Raison de plus ! protesta l’infirmière.

Danka observa Marie Rose avec insistance. Elle devait l’aider à sortir d’ici et non la retenir. Son cœur cognait si fort. La jolie infirmière semblait fléchir, son regard se faisait plus vague.

  • Suis-moi, je vais t’aider.

Danka lui emboita le pas, et toutes les deux se dirigèrent vers la sortie de secours. La porte refermée, Danka tomba à genoux. Tout son corps tremblait et son cœur paraissait sur le point d’éclater. Sa vision devenait trouble. L’éclat de voix de Marie Rose lui parvint, d’ailleurs elle paraissait bien floue là à cet instant. Que lui disait-elle ? Danka se laissa aller en arrière et entraina l’infirmière avec elle. Qu’entendait-elle ? Le tamtam ? Serait-elle possédée ? Si soif, tellement qu’elle aurait tué père et mère pour pouvoir l’étancher… Un trou noir envahit son esprit.

Les yeux verts si pleins de vie affichaient à présent une couleur terne. Le corps couleur d’opaline ne ressemblait pas à celui couleur de miel qu’elle avait tenu plus tôt dans la soirée. Les deux trous profondément encrés dans sa chair ne laissaient aucun doute possible. Terrifié, Danka se recula tout en chuchotant.

  • Marie Rose ?

Aucune réponse. Elle posa un doigt sur ses dents et elle sursauta lorsqu’elle se le coupa avec sa canine. La perle de sang confirma ses horribles soupçons. Danka bouleversée se redressa apeurée. Marie Rose gisait là… tellement belle allongée sur le sol, comme si elle prenait un repos bien mérité. La vampire tourna les talons et quitta le couloir aussi vite que ses jambes le lui permettaient.

°°0o0°°

Les rues anonymes de Paris grouillantes de vie, bigarrées, étaient un excellent vivier pour étancher toute soif.  Traversant ces dernières à la tombée de la nuit, Danka s’attaquait généralement aux petits voyous paumés, les anonymes pour lesquels personne ne chercherait vraiment les traces.

Elle était ce genre de créature maudite qui existait la nuit principalement, se cachant le jour, et qui vivait pour l’instant dans un squat, fort tranquille au demeurant. Ses pouvoirs se montraient plus qu’efficaces avec les humains, Danka en usait pour agrandir peu à peu sa fortune et survivre.

Cette dernière s’arrêta au coin d’une rue sans raison particulière. Où peut-être que si… une sensation étrange la parcourait. Son cœur s’emballa sans raison. Tournant son visage dans tous les sens pour scruter les alentours, elle ne vit que des visages humains. L’impression disparut aussi vite qu’elle était arrivée. L’objet de son imagination ?

Danka reprit sa marche, mais beaucoup plus lentement. Le souvenir de sa prise de conscience se rappela à elle avec acuité. Le visage de Marie Rose la hantait souvent. Pouvait-on tomber amoureuse aussi rapidement ? Obligée de se cacher depuis que la police française la recherchait comme témoin d’un meurtre, Danka s’était éloignée de Lyon, peut-être pas aussi vite qu’elle l’aurait souhaité.

Danka se souvenait de son état proche de l’hystérie et la manière dont son instinct de survie avait provoqué en elle des pulsions meurtrières. Elle avait cru pouvoir se contenter de poches de sang, mais il lui fallait plus que quelques millilitres. Pour éviter d’ailleurs une nouvelle transe dans laquelle elle se comportait comme le pire des monstres, elle avait étanché sa soif de-ci de-là, laissant certaines de ses proies en vie, mais sans énergie. D’autres se débattaient si fort, qu’elle les tuait sans qu’elle ne s’en rende compte. Les humains étaient de constitutions si fragiles…

Les jours s’étaient succédés, puis les mois… À présent le mois de mai était bien entamé et sa mémoire ne s’était pas réveillée. Oh, elle s’était aperçue de certaines petites choses la concernant. Elle aimait les lieux particulièrement animés et les spectacles. La compagnie des humains lui plaisait également… et particulièrement des femmes. Bien que jusqu’à présent, elle n’ait rien entrepris de particulier ayant trop peur de les briser au plus fort de la passion.

Traversant la route, Danka leva les yeux lentement comme mue par elle ne savait qu’elle motif. Comme un film au ralenti, elle capta deux yeux rouges identiques aux siens. Son sang se liquéfia. Elle ne voyait plus qu’elle. Lentement, elle progressa vers cette femme d’une beauté sans nom. Sa chevelure épaisse couleur d’ébène flottait dans son dos, son visage pâle et délicat aux traits fins, dont l’éclat rehaussé par ses yeux pareils aux rubis, tout comme sa bouche peinte d’un rouge d’alizarine.

La gorge nouée et incapable de se sortir du sortilège de son regard, Danka avançait bouleversée comme jamais auparavant… enfin aussi loin que ses souvenirs remontaient. Bien sûr, elle savait que son étrange chasseur était fait du même bois qu’elle. Se rencontraient-elles par hasard ? Ses quelques secondes ou minutes parurent s’étirer comme une éternité. Le bruit de la circulation et de la foule disparaissait, l’odeur des échappements, de la sueur, des commerces dont les portes étaient encore ouverts, ce maelstrom d’essences s’atténuait, son attention captée uniquement par elle !

Elle n’eut pas besoin d’être face à elle pour lui parler, cette dernière entama la conversation télépathique d’une voix de velours.

  • Je m’appelle Ita Kodetovà. Je connais ton nom Danka… mon amie. Veux-tu te joindre à moi pour la nuit ?

Avait-elle le choix ? Non, pas vraiment… Sa nouvelle amie lui prit la main et Danka ne put retenir un frisson de plaisir. Aussi douce et veloutée que sa peau, le toucher de cette main lui faisait ressentir des décharges électriques… Toujours sans quitter des yeux la femme devant elle, elle emmêla ses doigts aux siens et marchait sans pouvoir remarquer qui que ce soit d’autre. Le vent souleva la crinière brune dévoilant le lobe de son oreille… un petit papillon aux ailes ouvertes s’y trouvait lové.

Le cœur de Danka pulsa. Évoluant comme si elle se trouvait en apesanteur, Danka ne repoussa pas la main qui chassait sa mèche rebelle sur le front. Non, elle la retint plutôt… voulant encore en éprouver la tendresse derrière cette attention. Un besoin de la connaître la saisie, même si au fond de son cerveau une sirène l’alarme s’allumait, la laissant perplexe.

Comment un être aussi exquis pourrait bien vouloir me faire du mal ? songea la vampire. Elle si belle, si… envoutante… si… si… Danka eut un blanc. Incapable d’aligner soudainement deux idées à la suite. Un voile, tel une brume noirâtre s’immisça dans son esprit et lentement inexorablement désorientant la vampire.

°°0o0°°

Ce fut lentement que Danka eut l’impression de reprendre conscience. Portant une main à ses cheveux dans un geste mécanique, comme si une affreuse migraine l’assaillait, Danka heurta son coude à la table. Surprise, elle se redressa pour observer autour d’elle. Elle se trouvait dans un lieu public… un restaurant.

Mais comment s’était-elle retrouvée là ? Tournant la tête dans tous les sens, elle se figea pour se concentrer sur son vis-à-vis lorsque son gloussement lui parvint aux oreilles. Toujours ces mêmes yeux rubis qui la dévisageaient avec un mélange  de curiosité et… Danka plissa son front. Elle était bien incapable de définir les émotions de cette femme. Pour la première fois, Danka perçut une espèce de courant qui la traversait… un peu comme la sensation ressentie plus tôt, comme si sa fascination n’était pas naturelle.

Sur ses gardes, la vampire se raidit sur sa chaise. À sa grande surprise, Ita posa sa main sur celle qu’elle avait laissée sur la table. Cette impression qui lui paraissait familière à présent, Danka se sentait comme submerger par quelque chose d’oppressant. Un frisson de volupté fit vibrer son corps la laissant pantoise. Qu’est-ce que c’était ?

Le regard rubis la tenait prisonnière un peu plus à chaque seconde qui passait… l’alarme s’allumait à nouveau dans sa tête. Détacher son regard du sien… plus facile à penser qu’à faire, songea Danka qui réussit au prix d’un effort surnaturel.

  • Danka… quelque chose te chagrine ? chuchota Ita d’une voix sensuelle et inquiète ?

De cela la vampire n’en était pas aussi sûre.

  • Que s’est-il passé ? murmura Danka.
  • Passé ? Je ne comprends pas ! sourit de façon mielleuse son interlocutrice.
  • Ne jouez pas avec moi. Je sais ce que vous êtes ! Identique à moi et pourtant… pourtant, je sens comme une différence malgré tout. Vous m’avez hypnotisée pour venir jusqu’ici. Où sommes-nous ?

Un petit rire amusé fusa. Son interlocutrice repoussa ses lourdes mèches ébène pour s’installer plus confortablement sur sa chaise, l’observant amusée.

  • Nous nous trouvons au Laurent… Un restaurant des plus classiques.
  • Des plus classiques ? Vous trouvez ? demanda Danka d’une voix éteinte.

Le regard de la vampire se posa sur le décor somptueux, bien que discret. Tout indiquait qu’elles se trouvaient dans un restaurant de luxe.

  • J’ai voulu mettre les petits plats dans les grands pour nos retrouvailles… sourit Ita qui désigna soudain la carte.
  • Nous sommes des vampires… chuchota Danka outrée et choquée.
  • Cela ne nous empêche pas de pouvoir manger comme des humains. Je pensais que tu les aimais.
  • Nous nous connaissons ? interrogea abruptement Danka qui prenait conscience des paroles de son interlocutrice.
  • À ton avis ? Ne sens-tu pas ce courant qui nous parcourt lorsque nous nous frôlons ma chérie ? Moi, il me pénètre jusque dans mes os.

En disant cela, Ita caressa ses lèvres de sa langue qui parut particulièrement pointue et longue à Danka. Les crocs acérés du vampire se dévoilèrent alors qu’elle ouvrait la bouche un peu plus grand, allongeant ses canines comme pour les faire admirer sous le feu des lustres.

  • Soyez discrète ! s’affola Danka en serrant sa serviette de table brusquement.
  • Pourquoi ? Personne ne prête attention à nous… à moins que j’en donne l’ordre, ma petite Danka… si pudique.

La vampire ne sut pourquoi, mais un certain rouge envahit ses joues, et un tremblement la saisie comme si son cerveau même s’il ne lui donnait aucune indication visuelle, se souvenait seul de quelque chose de particulièrement important.

  • Pourquoi je n’ai plus de traces de mes souvenirs ?
  • Pourquoi ? Tu es la seule vampire amnésique que je connaisse… j’aurais aimé que tu m’éclaires sur le sujet d’ailleurs.

Danka resta silencieuse quelques instants, essayant en même temps de repousser ses étranges sensations… Ses yeux se portèrent brusquement vers sa main. Elle avait détourné son regard et son interlocutrice en avait profité pour la saisir, la portant à ses lèvres alizarine. Voulant esquisser un mouvement de recul, elle ne put que rester captivée devant la langue serpentine qui léchait le dos de sa main.

Sa gorge se noua, alors que son cœur commençait à s’affoler lorsqu’Ita porta à sa bouche son index pour le sucer lentement.

  • Cessez immédiatement ! cingla Danka.
  • Si tu me donnes des ordres, j’ordonne à tous ses humains de nous regarder faire l’amour sur cette table, ma chérie

Affolée, Danka observa la salle et la vampire s’aperçut qu’aucun humain ne les regardait. Tous les ignoraient superbement, même les serveurs évitaient leur table comme si un arc de cercle invisible les repoussait de leur table.

  • Je… je…
  • Ne t’inquiète donc pas… Nous passerons une agréable soirée. J’ai été très surprise de te retrouver ici par hasard et je ne compte pas gâcher ma chance de t’avoir enfin retrouvée.

En disant cela, Ita lâcha la main qu’elle retenait prisonnière jusque-là. Danka en ressentit une certaine déception. Même le ton amical et bienveillant la prenait au dépourvu. Une étrange sensation de froid la saisit également, pour finalement se rendre compte que les impressions persistantes d’être entourée d’un champ de force s’éloignaient rapidement. Un serveur se présenta devant leur table.

  • Avez-vous choisi, Mesdames ?
  • Pour ma part oui… intervint Ita.

Prenant la carte devant elle, elle commanda sans complexe plusieurs plats. Danka baissa les yeux sur sa propre carte et feuilleta rapidement le menu pour se donner contenance. Elle s’émouvait un peu trop. Elle devait se reprendre, et cela, très rapidement. Lorsque le serveur se tourna vers elle pour prendre sa commande, elle le fit avec détachement.

Danka avait cru que la soirée aurait une atmosphère lourde, voire ennuyeuse, mais contre toute attente Ita fut d’une humeur joyeuse et agréable, au point de lui faire baisser sa garde à la sortie du restaurant.

  • Si nous allions nous divertir sur les quais de Seinepour passer à quelque chose de plus sérieux ?

Danka enfilait sa veste, tout comme Ita qui ne la quittait pas des yeux. Une vague impression chaleureuse l’effleura, la faisant frissonner de plaisir, mais la sensation disparut bien vite. D’ailleurs, pour la première fois Ita se détourna et inconsciemment Danka chercha à se rapprocher, comme elle l’aurait fait d’un feu dont les braises ne l’atteignaient pas de leur chaleur.

Le couple marchait à présent sur l’asphalte humide. Une averse s’était déversée sur la ville lors de leur repas. L’abondance de nourriture humaine, même si elle était gustativement excellente, n’en demeurait pas moins lourde à digérer pour un vampire.

Remarquant qu’Ita accélérait le pas, Danka calqua son pas au sien. Une nouvelle angoisse la saisit. N’avait-elle pas peur que les humains ne découvrent leur différence ? Visiblement, la discrétion ne faisait pas partie du vocabulaire de sa compagne qui à présent escaladait la façade d’un immeuble. Se figeant net en voyant la vampire en haut d’un immeuble, telle une ombre gracieuse et menaçante, comme un ange de la mort observant le monde de toute sa hauteur…

Une onde de chaleur l’entoura et une voix chuchota contre son oreille…

  • Pourquoi ne viens-tu pas me rejoindre ? De… de quoi as-tu peur… Danka… Danka ?
  • Je n’ai pas peur, chuchota la vampire.

Ne voulant pas paraître pleutre, Danka, après un dernier regard en arrière pour s’assurer qu’on ne la regardait pas, grimpa la façade sans aucune difficulté, mais en haut de l’immeuble, elle se trouva seule. Où était passée Ita ? Traversant la toiture, elle tourna sur elle-même. Son regard se fit intense fouillant la foule d’antennes et de toits qui l’entouraient, mais rien ne permettait de déceler la présence du vampire.

Courant à une extrémité d’immeuble, Danka chercha sur les trottoirs découverts. Rien.

  • Où suis-je ma chérie ? chuchota une voix contre son oreille

La sensation était si proche que la vampire frissonna, persuadée d’avoir senti le souffle d’une respiration contre sa nuque. Se tournant vers la direction où elle avait eu la sensation qu’Ita se tenait, Danka ne rencontra que le vide. Oubliant ses réticences, la vampire courut vers l’effluve énergétique qui l’appelait. Sautant d’immeuble en immeuble, cherchant à se rapprocher, elle n’entendit qu’un rire fugace… moqueur… cristallin.

Essoufflée par sa course éperdue, Danka s’immobilisa, sa poitrine se soulevant rapidement. Elle se figea alors que la sensation d’une main baladeuse parcourait lentement son fessier, montant et descendant la courbe généreuse. Danka en retint sa respiration, le désir grimpa en elle. Danka se tourna pour faire face à Ita, mais personne ne se tenait près d’elle. Comment pouvait-elle produire ce genre d’exploit ? Fermant les yeux Danka chercha à la repousser ne voulant pas être un jouet entre les doigts experts de ce vampire.

Mais au lieu de ça, deux mains remontèrent ses reins inexorablement, puis une s’aventura lentement vers un sein rond qu’elle palpa pour le pétrir provoquant un gémissement chez Danka. Les boutons de son chemisier se défirent, dévoilant un soutien-gorge en dentelle rose.

La sensation d’une lingerie frotter contre un téton excité, la fit trembler et plus encore lorsque le tissu mince s’ouvrit fendu en deux, laissant échapper le sein blanc au mamelon dresser fièrement sous la caresse de ce vent encore frais de mai. La vampire eut l’impression d’être en suspension dans l’apesanteur. Sa tête s’inclina sur le côté en signe de soumission.

  • Ma petite Danka… j’ai attendu si longtemps cet instant. Tu es si belle… tu sens si bon… as-tu une simple idée de ce que ton effluve provoque en moi à chaque fois que je suis proche de toi ? Je t’aime Danka…
  • Ita… chuchota pour toute réponse la vampire sous influence.
  • Tes seins, tes reins, tes fesses… tout m’affole chez toi…

La présence disparut brusquement. Danka ouvrit les yeux incroyablement déçus. Elle repoussa ses longs cheveux blonds défaits, son regard sondait les environs. Plus personne. Où était-elle passée encore ? Danka ressentit un immense vide à l’intérieur d’elle-même, comme une déchirure, une douleur telle, qu’elle éclata en sanglot sans raison. Se prenant la tête entre ses mains, la vampire se laissa choir sur le sol. La voix d’Ita lui revint à l’oreille.

  • Vient Danka…

Puis à l’autre oreille instantanément.

  • Viens me rejoindre Danka…
  • Où ? Hurla pour toute réponse la vampire désespérée.

Un rire fusa, provoquant sa colère.

  • Tu t’amuses depuis tout à l’heure ! Que cherches-tu ? Appelles-tu cela aimer ?

Elle n’eut aucune réponse à sa question. Le silence se fit assourdissant aux oreilles de Danka qui se redressa pour observer les environs éclairés presque comme en plein jour par toutes les lumières de la ville. Abandonnant son poste d’observation, elle se remit à courir. Son sein libre se balançant au rythme de sa course. Elle refusait de le cacher. Lorsqu’elle s’arrêta à nouveau, la vampire ferma les yeux attendant les doux assauts d’Ita, mais rien ne vint.

Désespérée, Danka chercha la présence du vampire et au bout de quelques minutes trouva sa proie.

  • Viens à moi… Danka…

Un frisson la parcourut. Elle devait la retrouver, c’était vital ! Reprenant sa course dans la direction d’où parvenait l’effluve de son énergie, Danka se précipita vers elle. De toit en toit, la jeune femme traversa la ville tantôt sur les toits, tantôt coupant trottoirs, places, esplanades et ponts. Paris ne lui avait jamais paru aussi tentaculaire.

  • Viens à moi… Danka…

Encore cette phrase qui l’accompagnait, comme la plus belle des invitations. Lorsqu’enfin, Danka se sentit proche de son lieu de rendez-vous, car il ne s’agissait pas d’autre chose. La femme marcha plus lentement. Faisant abstraction dans un premier temps de son environnement, petit à petit comme si un voile se dissipait au souffle de la brise, Danka remarqua les ténèbres qui entouraient les docks d’où aucune lumière ne jaillissait, les lueurs de la capitale ne l’atteignaient pas non plus.

Une bourrasque de vent souleva les papiers et sachets plastiques qui jonchaient le sol, certains se collèrent aux poteaux téléphoniques dont la silhouette maigre était masquée jusque-là, par celle plus massive des entrepôts. Pour la première fois, Danka perçut la morsure du froid qui griffait son sein découvert. Machinalement, elle tenta de l’emprisonner dans le tissu de ses vêtements. Ses yeux fouillèrent les environs. Une inquiétude étrangère grimpa en elle.

  • Viens à moi… Danka…

La voix d’Ita se faisait plus caressante, et Danka remarqua que les effluves chauds et caressants revenaient vers elle, comme pour la rassurer. Elle s’avança d’un pas hésitant à présent.

  • Ita ?

Sa voix, bien que faible se répercuta avec fracas dans ce parking abandonné. Où était-ce son imagination ? Une envie de fuir la saisit. Devenait-elle folle ? C’en était au point où Danka ne percevait presque plus ce qui l’avait poussée jusqu’à la déraison à venir jusqu’ici. Ses jambes avaient cessé d’avancer. Les sens en alerte, elle écoutait cette nuit qui se taisait.

Fermant les yeux comme pour retrouver la trace d’Ita, Danka perçut pour la première fois d’autres présences. Elles ricanaient silencieusement, comme si elles allaient jouer un mauvais tour. L’obscurité silencieuse lui parut tel un havre de paix, en comparaison avec ses ténèbres démoniaques.

La sensation d’avoir était prise dans un piège la saisie à la gorge. Un crissement  métallique déchira le silence. Ce fut comme un signal. Des ombres plus sombres se déplacèrent. Pour un humain, elles n’auraient même pas existé, mais les yeux de Danka voyaient… même un peu trop bien.

Quelque chose lui effleura l’esprit, comme un souvenir. Cette fois-ci, le rejet des forces qui l’avaient attiré jusqu’ici se montra efficace, mais peut-être que cela arrivait trop tard après tout. Danka se reculait insensiblement.

  • Vient à moi Danka…
  • Vous êtes une…
  • Tu es à moi.

La jupe de Danka se prit dans une tige de fer métallique dressée là dans le béton, oubliée d’être extraite lors de la démolition de l’ancien bâtiment dont elle foulait le sol. Elle tira d’un coup sec pour se libérer. Le déchirement sinistre fut suivi par des cris et des frôlements… Danka eut l’impression qu’un essaim de guêpes la frappait de son dard. Le bruit était assourdissant, la désorientant complètement.

Portant sa main à son visage exposé, Danka s’éloigna en titubant, incapable de savoir où elle se dirigeait. Cherchant à fuir, alors que son corps n’était que plaies à présent. Elle n’entendait plus les battements de son cœur depuis longtemps. Le tourbillon qui l’entrainait vers elle ne savait quelle direction, s’arrêta soudain. Le silence sépulcral qui suivit la déconcerta, alors qu’elle était étourdie par les crissements une seconde plus tôt.

Clignant plusieurs fois des yeux, Danka voulut « voir », mais partout où son regard se posait, un linceul d’obscurité insondable lui barrait la vue.

  • Danka… tu es à moi…

Pivotant lentement sur les talons, les poils hérissés. La mémoire lui revint au même moment comme par magie. Un gémissement faible s’échappa de ses lèvres, comme si une dernière plainte pouvait être encore possible. Baissant les yeux, elle rencontra les yeux rubis moqueurs. La forme qui gisait sur le sol était sculpturale par endroits, mais les immenses ailes ressemblant à des toiles de caoutchouc couleur de goudron contenaient des visages qui se débattaient pour sortir de la masse dans lequel ils étaient retenus prisonniers. Leurs bouches ouvertes retenaient un cri silencieux… celui de ceux qui avaient survécu à la morsure…

  • Viens rejoindre mes amants… Danka. Mon enfant rebelle et joyau précieux de mon spicilège…

Une main invisible la poussa en avant… la chute parue interminable et trop courte à la fois… Le corps démesurément grand du vampire primitif s’approchait. Pour la première fois, Danka en vit toute la beauté, et son horreur. Ses dents lacérées et sa longue langue fine, serpentine lui donna un sentiment de dégoût… mais plus encore ce corps mou qui peu à peu l’engloutissait tout entière pour ne former qu’un avec lui. Danka poussa un hurlement et essaya de se sortir de la masse…

Une membrane sombre vint s’enrouler tout autour de son corps. La peur devint frénétique, les boyaux de Danka se tordaient. Plus elle essayait de sortir de ce piège, plus elle s’enfonçait. Lorsque la tête resta seule encore visible, les membranes qui bouchaient la vue du spectacle se dématérialisèrent comme par magie, montrant un petit nombre d’individus aux corps déformés. Ces derniers entendirent le dernier cri, la membrane recouvrit pourtant le beau visage, formant par la même occasion, un masque de cire noire sur la perfection de ses traits.

La marée de visage emporta ce dernier parmi tous les autres, et dans un même ensemble tel une vague de cri silencieux, se laissèrent balloter par les ailes qui se déployèrent démesurément grande.

  • Maitresse, demanda un serviteur, qu’allons-nous faire à présent ?
  • Nous trouver un nouveau jouet, pardi…

Peu à peu prenant forme humaine et consistance, la chose se transforma en une beauté sans égale. Ses cheveux avaient une couleur platine, tout comme ses yeux ceux du grenat.

champ de blé

Les commentaires

Un point important

Je suis autrice auto-éditée depuis de nombreuses années et depuis peu, éditée par MxM Bookmark. Je me débrouille comme je le peux avec mes quelques moyens, plutôt maladroitement d'ailleurs quelque fois. Mon seul moyen de me faire connaître la plupart du temps, c'est : ...

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