Un petit ami pour Noël : 2

Un petit ami pour noël

Chapitre 2

Résumé du chapitre 1 : (pour celles qui voudraient se remettre dans le bain... sinon sauter cette partie)

Ciaran vit à Vinda dans le quartier pauvre de Wrad. C'est un étudiant qui va à l'université pour devenir scribe, comme l'était son père. Son but dans la vie est de retourner vivre dans les hauts quartiers d'Asplenia un jour. (Quartier aisé de Wrad). Son meilleur ami Ferréol est un riche bourgeois qui a été viré de toutes les écoles de Lilie (quartier le plus aisé). Il s'est retrouvé dans le même collège que Ciaran et ils sont devenus immédiatement de bons amis. Depuis, ils ne se quittent plus et contrairement à la plupart des bourgeois, Ferréol n'hésite pas à venir chez lui presque tous les jours à Vinda


 

Le lendemain matin, Amberine vit arriver comme à son habitude, Ferréol. Ciaran était parti sur le port depuis au moins deux bonnes heures, quand il franchissait le seuil de la maison.

— Je suis heureuse de te voir, Ferréol.

— Moi aussi, Votre Altesse…

— S’il te plaît, Ferréol, même si Ciaran n’est pas là, comme je te l’ai souvent dit, ne t’adresse pas à moi de cette manière ici. Peut-être plus tard… dit-elle avec sourire espiègle.

C’était vrai, elle avait toujours caché son identité à son fils ainé, elle n’avait aucune envie qu’il le découvre. Sa vie était assez compliquée à gérer comme cela. Elle lui désigna un banc pour qu’il prenne place.

— Je suis désolée de te faire venir ainsi, mais je n’étais pas sûre d’être à nouveau seule à un autre moment et j’ai besoin de te parler sérieusement.

Ferréol acquiesça d’un bref signe de tête. En même temps, il s’asseyait et la remercia pour le thé qu’elle lui servait.

— Excuse-moi d’être aussi brusque avec toi, Ferréol, mais j’ai besoin de savoir.

— Ne vous inquiétez pas, Madame. Je peux tout entendre.

Le jeune homme paraissait sûr de lui. Amberine poussa un soupir et dit de but en blanc.

— Alors, dis-moi, Ferréol : es-tu amoureux de mon fils ?

Là, Ferréol perdit contenance et sa tasse percuta la table. Il devint rouge comme une pivoine. Cela fit sourire inconsciemment Amberine, qui repoussa une de ses mèches de cheveux rebelles.

— Je… Je… Comment ? Je…

Le pauvre jeune homme bafouillait et Amberine vint à son aide. C’était plutôt rare de le voir aussi embarrassé.

— Cela ne me dérange absolument pas. J’avoue que j’aimerais assez que Ciaran et toi formiez un couple. Malheureusement, cette tête de mule est incapable de se rendre compte de ses sentiments.

— Ses sentiments ? Vous voulez dire que Ciaran pourrait entre amoureux de moi ?

Les yeux verts de Ferréol brillaient d’une intensité nouvelle. Cela fit sourire Amberine qui s’assit juste en face du jeune homme. Elle lui prit une de ses mains entre les siennes.

— Ciaran est amoureux de toi. Mais dis-toi bien qu’il ne s’en est même pas rendu copte lui-même. Et têtu comme il peut l’être, je me demande, si un jour il s’en apercevra lui-même.

L’expression de Ferréol devint sombre. Amberine vit que son interlocuteur savait de quoi elle voulait lui parler.

— J’ai peut-être une solution pour enfin sortir de ce statuquo. Je suppose que tu veux construire une relation durable avec Ciaran ?

— Je ne l’aurais pas suivi depuis aussi longtemps… Je l’ai aimé dès le premier regard, Madame. J’aimerais l’épouser, si vous le permettez.

Un sourire sincère se forma sur le visage d’Amberine.

— Est-ce que ta propre famille serait d’accord ? lui demanda-t-elle.

— J’ai déjà fait les démarches en ce sens et mes parents sont d’accord avec mon projet de mariage. Seul mon frère Aloys y voit un inconvénient, mais mon frère aîné et moi, nous ne nous entendons pas très bien.

Amberine s’abstint de rire et demanda le plus sévèrement possible :

— Tu comptais me demander la main de mon fils à quel moment ?

— Je peux le faire tout de suite ? dit Ferréol une lueur d’espoir dans les yeux.

— Je crains que pour l’instant, ça ne soit pas possible.

Le visage de Ferréol s’éteignit, alors Amberine s’expliqua avec calme.

— Sache tout de suite que je ne suis pas opposé à votre futur mariage.

Là, son interlocuteur eut une expression interrogative.

— Ciaran ne s’est pas rendu compte des sentiments qu’il ressent à ton sujet. Je crains que si nous le mettions devant le fait accompli, qu’il rejette cette proposition. C’est pourquoi j’ai pensé à autre chose. Je t’explique mon plan, si tu es d’accord.

— Faites ! Je suis prêt à tout.

La fougue avec lequel il avait dit ses mots ne laissait planer aucun doute sur ses paroles.

— Pour que Ciaran s’aperçoive qu’il t’aime, il faut qu’il te perde.

Ferréol fronça les sourcils, cette idée lui déplaisait au plus haut point. Amberine continua comme si elle n’avait rien vu.

— Je suggère de proposer à Ciaran un contrat avec l’un de tes frères. Je sais que Daegan est célibataire, pourquoi ne pas lui demander son aide ?

— Attendez, attendez… Pour quoi faire ?

— Laisse-moi continuer et tu me donneras ton avis ensuite. J’ai la somme d’argent pour ses études universitaires, mais je vais lui dire que j’ai tout dépensé en dote pour ses sœurs.

— Il va être fou de rage… chuchota Ferréol abasourdi.

Sa gorge devint sèche et ses mains devenues moites s’essuyèrent à plat sur ses cuisses. Il connaissait bien son ami. Lorsqu’il l’apprendrait, il deviendrait fou et en rencontrant le regard de sa mère, il comprit qu’elle en était parfaitement consciente.

— Je le sais, mais il a besoin qu’on le secoue. Donc, il va se retrouver acculé. Il a refusé ton aide, mais si par exemple ton frère avait besoin d’aide et qu’en contrepartie il lui offrait de l’argent pour ses études, Ciaran acceptera. Parce que ça sera un marché, pour un marché ou si tu préfères un prêté pour un rendu. Ciaran va se retrouver alors pris dans une relation factice et tu vas naturellement t’éloigner, je ne suis pas très sûre qu’il le supporte.

— Là, je n’en suis pas aussi sûr, fit Ferréol préoccupé. Il n’a jamais réussi à voir plus loin que le bout de son nez.

L’idée d’Amberine n’était pas mauvaise et il comprenait fort bien où elle voulait en venir, mais il n’était pas sûr que Ciaran le comprenne dans se sens. Connaissant son caractère emporté et parfois totalement imprévisible, il redoutait le résultat d’un tel marché. Il hésitait à la suivre dans cette démarche.

— Vous n’avez jamais été vraiment séparé, lui dit-elle avec calme. Il n’y a jamais eu de tension entre vous, parce que vous êtes fusionnels. Il est temps que cela change ! Et si tu veux que Ciaran soit un jour ton mari, il va falloir le sortir de sa zone de confort et toi aussi. Et qui sait, votre relation pourrait prendre un tout nouvel essor. Qu’as-tu à perdre ? Quoiqu’il arrive, en fin d’année, vous ne pourrez plus être en contact lui et toi. Tu as bien dit que tu partais pour Himère, non ?

Ferréol ne releva pas. Oui, il était conscient des enjeux et oui, elle avait raison. Il n’avait pas le choix ! C’était leur dernière année ensemble, ou presque.

Ferréol paraissait perdu dans ses pensées. La tension se lisait sur ses traits. Qu’allait-il décider ? se demanda Amberine. Elle comptait sur son bon sens. C’était vrai, durant toutes ses années où ils étaient ensemble, elle se sentait rassurée de savoir Ferréol au côté de son taciturne de fils. Elle imaginait la douleur que provoquerait la séparation entre eux, même si Ciaran mettrait un temps fou comme d’habitude pour identifier son mal être.

Après un long silence, Ferréol hocha la tête.

— Oui, il faut que les choses bougent et malgré tous mes efforts, jusqu’à présent, ils ont été vains. J’accepte votre proposition, mais promettez-moi en échange, la main de votre fils.

— J’accepte ta proposition. Je refuserais toutes les autres offres, si d’autres devaient se présenter à ma porte.

— En espérant qu’il n’aille pas voir ailleurs et demander la main d’un autre, marmonna Ferréol.

— Je m’y opposerai. Après tout, l’acceptation doit venir des deux familles.

Ferréol hocha la tête, tout en lui tendant sa main. Amberine y glissa la sienne qui parut minuscule en comparaison. Cet homme était une force de la nature, songea-t-elle.

— Très bien, je vais essayer de convaincre mon frère. Je pense que cela ne lui posera pas de problème. C’est un plan totalement fou, dit-il en riant à moitié comme si une part de lui n’y croyait pas vraiment, mais je veux y croire ! Maintenant, je ne peux qu’y croire. C’est insensé, mais je l’aime tellement et depuis si longtemps que… enfin, si nous devions être séparés, je ne sais pas si je pourrai survivre. Alors, je vais prier très fort.

♥♥♥

Deux jours plus tard,

Une fois qu’il eut fini son travail sur le port et après avoir remonté son panier à provisions avec l’aide de son frère Roen, qui venait à présent le rejoindre sur le port ; Ciaran passa l’après-midi aux abords du quartier d’Asplenia pour trouver ses clients.

Lorsqu’il fit ses comptes en fin de journée, sa récolte lui parut bonne. Toutefois, lorsque sa mère demanda à lui parler alors que tous étaient partis se coucher à l’étage, Ciaran se raidit. Jamais sa mère ne lui demandait à lui parler, sauf si Amberine avait un gros problème à résoudre.

Il s’assit au cas où... parce que vu le visage grave de sa mère, cela risquait encore de lui causer un choc. La dernière fois qu’elle avait eu cette expression-là, elle lui annonçait la mort de son père. Malgré tout, il fit un gros effort pour maitriser les muscles de son visage pour paraitre impassible.

— Ne sois pas aussi inquiet, lui dit-elle en notant son attitude crispée. Je ne vais pas t’annoncer la mort de qui que ce soit ! dit-elle comme si elle avait compris ce à quoi il songeait. Quoi que je ne sais pas comment te le dire.

Voilà! songea Ciaran. Il y avait de gros nuages à l’horizon. Les battements de son cœur se mirent à s’accélérer. Il lui dit d’une voix rêche.

— Eh bien, accouche ! Je n’ai pas envie de mourir d’une crise d’apoplexie !

Amberine se redressa de toute sa taille, qui n’était pas très haute et posa ses mains sur ses hanches. Elle essayait de paraître autoritaire, mais elle savait que ce n’était pas gagné. Pourtant, son expression de colère n’était pas feinte. Son fils l’agaçait profondément.

— Soit poli avec ta propre mère, lui dit-elle d’un ton de reproche.

Jusqu’ici, Ciaran avait maitrisé son caractère fougueux, mais là, il n’en pouvait plus.

— Plus vite, tu me le diras, plus vite je serai à quoi m’en tenir. Ne me fais pas imaginer le pire.

— Très bien, tu l’auras voulu. Tu sais que Roen rentre à l’université pour devenir scribe comme toi cette année ? Tu sais combien Juhua est coûteuse et jusqu’ici, je t’ai toujours beaucoup aidé jusqu’ici. Eh bien, je ne peux plus t’aider financièrement pour tes études. Je sais que tes frais sont énormes pour cette dernière année, mais… mais je dois aussi penser à tes frères.

Pendant qu’elle parlait, lui s’était assombrit. C’était peut-être pour cela qu’elle semblait plus lente et agité à la fin de son discours.

— Oui, je le sais... C’est juste que je n’y aie plus pensé.

Ciaran s’en voulut de son ton rêche. Après tout, c’était de sa faute se manque de vigilance. Il se reprit, ce n’est pas parce qu’il était inquiet qu’il devait passer sa mauvaise humeur sur sa mère. Elle-même avait déjà trop de soucis comme cela. Le regard de reproche qu’elle lui lança lui fit se mordre la lèvre inférieure. Il l’avait bien mérité après tout. Eh puis, il s’en doutait pour les études de son frère, c’est pourquoi, il travaillait autant. Sa mère ne pouvait pas être partout à la fois.

— Tu n’étais pas là cet après-midi, donc tu ne le sais pas encore.

Là, Ciaran eut l’impression que la nouvelle qui allait suivre, n’allait vraiment pas lui plaire. Son cœur se mit à battre très vite.

— Hum... fit sa mère, avant de reprendre, tes sœurs ont été demandées en mariage !

— Quoi ?

En disant cela, Ciaran bondit sur ses jambes, repoussant ainsi le banc sur lequel il était assis. Ses sœurs Maolé et Aelis étaient deux ans plus jeunes que lui. Elles étaient devenues lavandières, comme leur mère et étaient en âge de se marier. Mais depuis quand avaient-elles un prétendant ? Pourquoi maintenant ?

Non, parce que qui disait être fiancée, disait avoir une dote ! Et jusqu’ici la majorité, de l’argent allait à ses études à lui! Alors comment allaient-elles se constituer une dote ? Et le mariage était pour quand ? C’était impossible ! Cela ne faisait pas partie de ses plans à lui ! Normalement, tous devaient attendre la fin de ses études pour qu’il puisse prendre soin de chacun par la suite ! Tandis que là...

— Ne prends pas cet air catastrophé ! J’ai l’impression que cette nouvelle te choque plus que l’annonce du décès de ton père, lui dit Amberine sur un ton de reproche.

— Mais y’a de quoi ! protesta Ciaran catastrophé. Où vont-elles trouver la somme pour leur dote ? Et...

— Je me suis permis de les prendre dans ta cagnotte. Celle que tu gardais pour payer ta dernière année…

Un lourd silence s’abattit dans la pièce. La cage thoracique de sa mère se levait et s’abaissait rapidement, et sa respiration était étrangement sifflante. Tout son visage, et ça Ciaran le remarqua brutalement, ressemblait à un masque de terreur.

Tout à coup, il se rappela combien ses sœurs paraissaient nerveuses au point de casser des assiettes plus tôt, chose qui ne se produisait jamais. Que tout le monde s’était précipité pour aller se coucher ! Alors qu’il y avait toujours quelqu’un pour trainer dans la maison...

— Qu’est-ce que tu as fait ? chuchota Ciaran d’une voix sourde.

Là, il remarqua que sa voix tremblait, mais aussi ses mains qu’il posa à plat sur la table. C’était une blague ? Un cauchemar ? L’argent pour son premier trimestre avait disparu ? Plus rien ? Tout à coup, en réalisant le drame dans lequel il plongeait, il se mit à tousser ! Il n’avait plus assez d’air ! Mais et sa vie ? Qu’allait-il devenir ?

— J’ai entendu ta conversation avec le jeune Egerlay, il y a trois jours, fit sa mère sur un ton précipité. Tu n’as pas l’argent pour payer tes livres et le matériel... Et puis, comme ça fait des mois que tes sœurs me poussent à les marier, et que tes futurs beaux-frères s’impatientent, je me suis dit que... que... comme tu gagnais déjà bien ta vie, tu n’avais plus besoin de cet argent pour payer cette université. Je crois que nous avons tous été très patients jusqu’ici. Tes sœurs estiment s’être assez sacrifiées pour toi, pour te permettre de faire tes études. J’ai aussi des filles et d’autres fils à qui penser.

Ciaran avait écouté son discours en silence. Son corps n’avait même pas bougé, et sa langue d’habitude si facile à la parole lui donnait l’impression d’être en plomb. C’était surréaliste ! Il leur suffisait d’attendre encore huit petit mois et Ciaran aurait pu tous leur offrir la vie dont ils rêvaient... huit petits mois!

Qu’est-ce que c’était que dans une vie ? Il songea à la somme qu’il avait mise de côté à force de labeur ! Le soir après les cours, les week-ends, les jours de fête, toutes les vacances où il avait soit réparé des machines, fait le scribe, été dans des manufactures accumulant deux, voir trois petits jobs... Puift ! Tout était disparu.

— Cela fait deux ans qu’elles attendent leur tour. Tu penses bien que j’ai essayé de trouver d’autres solutions, mais elles ont envie de fonder une famille, et bien plus leurs prétendants.

Oh du coup, ça leur faisait une belle dote à chacune ! songea Ciaran sans écouter sa mère. Elles pouvaient s’acheter une maison, ici à Vinda. C’est ce qu’avait fait leur mère en quittant Asplenia, les tarifs étaient si peu chers ici. Eh puis, elles auraient encore de l’argent pour s’installer, c’était certain. De l’argent pour...

Ciaran se leva et se dirigea vers la boite où se trouvaient toutes ses économies. Il l’ouvrit et constata avec horreur qu’elle était vide ! En même temps, lorsque sa mère lui avait dit, il savait qu’elle disait vrai, il voulait juste…

Sa mère ne lui avait pas menti, mais une part de lui refusait de le croire. C’était bien la première fois qu’elle avait ce genre de comportement. Jamais auparavant elle ne s’était permise ce genre d’acte ! Pourquoi ? Était-elle acculée à ce point et qu’il n’aie rien vu ?

— Je suis désolée, j’étais persuadée que tu avais enterré ton idée et que…

— En allant travailler tous les matins ? lui répondit Ciaran d’une voix sourde.

Il se tourna vers elle et la dévisageait avec haine. Jamais il n’aurait pensé avoir ce genre de pensée pour sa propre mère, mais là, elle venait de briser tous ses rêves. Et tout ça pour quoi ? Pour ses idiotes de sœurs ? Elles ne pouvaient vraiment pas attendre d’être mariées ces imbéciles ? Une colère noire et aveugle le submergea. Ciaran était dans l’impossibilité d’aligner deux idées cohérentes l’une à côté de l’autre.

Sa mère le dévisageait toujours avec angoisse et elle semblait sur le point de pleurer et ça l’énerva. C’était lui qui devait pleurer, pas elle ! Il la détesta. Il eut même envie de la secouer comme un prunier pour lui demander : pourquoi ?

Au lieu de cela, Ciaran se détourna de sa mère et prit la direction de la porte d’entrée.

— Qu’est-ce que tu fais, Ciaran ? Parle ! Dis-moi quelque chose ! Je suis sûre que Ferréol pourra t’aider ! Il te l’a proposé après tout ! Pour lui, les frais, tout ça, ce n’est rien !

Incapable de parler, Ciaran tourna le poignet et quitta la maison familiale. La porte raisonna longtemps derrière lui, le seul élément qui témoignait de sa colère froide auprès de sa mère.

En fait, le mot colère n’était pas assez fort pour décrire la rage qui habitait Ciaran. Le pas du jeune homme était rapide. Son regard fixe n’y voyait rien. Sa jugulaire battait à tout rompre, tandis que son visage empourpré paraissait sur le point d’exploser. Ses yeux trop brillants ressemblaient à du verre. Les quelques passants qui le rencontrèrent s’écartèrent sur son passage.

À l’intérieur de lui, sa gorge sèche lui faisait mal. Une boule énorme s’était formée dans le milieu de sa gorge. Raison pour quoi, il n’avait pas pu exprimer ses émotions contradictoires. Sa vie était ruinée ! Foutue ! Adieu étude, métier respecté et établi ! Adieu l’idée de pouvoir vivre à nouveau à Asplenia ! Rien que d’y penser, il eut envie d’en pleurer.

Bien sûr, il montrait à tous qu’il s’était habitué à vivre dans le quartier de Vinda où il avait trouvé une place, mais... mais... son seul et unique rêve était de retrouver le confort d’Asplenia ! De retrouver sa place en tant que scribe, comme son père avant lui ! Il n’avait jamais reproché à sa mère d’avoir quitté leur ancien quartier, même s’il avait terrifié en l’apprenant, tout comme ses sœurs, ses autres frères étaient trop jeunes pour comprendre à l’époque ce qui se passait. Mais lui savait ! Et il en avait vécu des nuits de cauchemars !

Et le voilà condamné à rester ici pour le restant de ses jours ! Il sentit dans le fond de sa poche l’argent qu’il avait gagné plus tôt dans la journée. La devanture d’une taverne attira son regard. Sans réfléchir, il s’y rendit. Pour la première fois de sa vie, il allait se bourrer ! De toute façon, comme l’avait dit sa mère, il n’en avait plus besoin... Alors, pourquoi pas se divertir pour une fois ?

Il s’assit au bar et commanda une cervoise ! Il essayait de paraître fort parmi tous ses hommes accoudés et d’un certain âge. Il s’abstint donc de tousser à la première gorgée. Il ne buvait qu’à de très rares occasions, et toujours des alcools légers, là... c’était autre chose. Rien à voir ! Mais qu’avait donc mis l’aubergiste dans son gobelet ? se demanda-t-il. L’alcool eut aussi pour effet de dissoudre ses inhibitions et de lui tourner la tête.

En tout cas, ça eut pour effet de dissoudre la boule dans sa gorge. Il but et paya une tournée générale. Jamais Ciaran n’eut autant de nouveaux amis que cette nuit-là. Et ce fut également la première fois, qu’il ne rentra pas chez lui pour dormir. Il passa la nuit dans les draps de deux des hommes un peu rustres qui lui firent oublier tous les rêves de grandeurs qu’il s’était imaginé toutes ses années. Dix ans englouti dans l’alcool et le sexe à en perdre la raison.

Ce soir-là et les jours et nuits qui suivirent, il oublia ses principes, ses rêves et toute morale. Seul la colère et l’amertume brûlaient en lui.


À la semaine prochaine pour la suite 🙂

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