Un petit-ami pour Noël 4

4 - La peur est un fléau

Pour celles qui voudraient se remettre dans le bain... sinon sauter cette partie)

Ciaran vit à Vinda dans le quartier pauvre de Wrad. C'est un étudiant qui va à l'université pour devenir scribe, comme l'était son père. Son but dans la vie est de retourner vivre dans les hauts quartiers d'Asplenia un jour. (Quartier aisé de Wrad). Son meilleur ami Ferréol est un riche bourgeois qui a été viré de toutes les écoles de Lilie (quartier le plus aisé). Il s'est retrouvé dans le même collège que Ciaran et ils sont devenus immédiatement de bons amis. Depuis, ils ne se quittent plus et contrairement à la plupart des bourgeois, Ferréol n'hésite pas à venir chez lui presque tous les jours à Vinda.

La mère de Ciaran, Amberine a une discussion à coeur ouvert avec Ferréol. Elle lui dit qu'elle sait qu'il aime son fils, et qu'elle est d'accord pour qu'ils se marient. Cependant, Ciaran est tellement borné et qu'il refuse d'admettre les sentiments qu'il éprouve pour Ferréol, qu'il faut le bousculer. Ferréol d'abord septique, ce dit qu'en fait elle a raison et il n'a pas trop le choix. Ils montent un plan ensemble pour que Ciaran se rende compte enfin de ses sentiments.

Deux jours plus tard, Amberine "avoue" à Ciaran qu'elle ne pourra pas l'aider financièrement pour ses études, mais qu'en plus elle lui a pris l'argent qu'il s'était mis de côté pour la dote de ses soeurs. Ciaran comme l'avait prédit Ferréoll, devient fou de colère. Il quitte la maison et va déverser sa peine dans les auberges...

Ciaran se rend au rendez-vous fixé par Ferréol. Il est impressionné et se sent terriblement mal à l'aise. De plus, Daegan le trouble... et il ressemble terriblement à son frère. Il paraît si mature, si... 

La rencontre se passe bien, mais Ciaran a besoin de réfléchir. Il songe à ce qu'a été sa vie jusqu'ici. Il n'aime pas le changement qui se profile à l'horizon et puis, il songe à ce qu'il a fait. Il ne sent pas à l'aise et fini par prendre une décision.


Chapitre 4

 

Assis en face de lui, Ferréol le fixait comme s’il n’avait pas compris ce qu’il venait de lui dire. Alors Ciaran répéta ses paroles avec patiente, ce qui n’était pas son fort à l’origine.

— Je refuse l’offre de ton frère.

— C’est une blague ? Non, te connaissant, je sais que tu le penses.

— Je ne peux pas...

— Ou tu ne veux pas ? coupa Ferréol.

La manière dont il lui avait parlé, fit sursauter Ciaran. Ce dernier paraissait furieux après lui. C’est vrai après tout, qui était-il pour refuser une telle offre ? C’est ce qu’il devait penser. Mais en même temps, en quoi cela le concernait ?

— Mais tu es bête ou tu le fais exprès ? ajouta son ami.

Là, le visage de Ciaran se ferma. Ses poings se crispèrent sur la table, tandis qu’il se redressait pour toiser son interlocuteur.

— Je ne te permets pas ! Tu n’es pas à ma place !

— Mon frère te propose un avenir, comme jamais tu ne pourrais imaginer, Ciaran !

Les deux hommes se fixaient avec colère et il était visible qu’aucun des deux n’abdiquerait. Chacun restant sur ses positions. Toutefois, Ferréol essaya d’argumenter.

— Donne-moi une raison valable ? Dis-moi ce que tu reproches à Daegan au moins !

— Nous ne faisons pas partie du même monde !

— Et alors ? Nous non plus à ce que je sache. Je me fiche que tu sois de Vinda.

Là, Ciaran ne répondit pas et son ami. Ferréol changea d’expression, comme s’il réalisait à quel point, il était calculateur. Ciaran eut dû mal à soutenir son regard.

— Mais toi, si !

— Je te considère comme un ami...

  • Faux ! le coupa Ferréol. Je ne sais pas pour qui tu me prends, mais visiblement nous n’avons pas la même notion de l’amitié. J’ai toujours été sincère avec toi. Toi qu’attendais-tu de moi exactement ? Je ne te savais du genre à pleurer sur ton sort ! À avoir peur de ton ombre ! Il a fallu cette histoire pour m’ouvrir les yeux !

Que voulait lui dire Ferréol ?

— Mais que racontes-tu à la fin ? Je... Je ne peux pas ignorer d’où tu viens ! Je dois tenir ma place quoiqu’il arrive. Je ne suis pas ton égal, c’est toi qui ne veux pas ouvrir les yeux, comme ton frère d’ailleurs. Je ne suis pas du même monde que vous ! Et que voulait dire ton frère quand il disait que mon rôle n’était pas celui que cela sous-entendait ?

Ferréol se leva de son banc et fixait à présent Ciaran avec froideur. Cette fois-ci, il ressemblait comme deux gouttes d’eau à son ainé et Ciaran en eut un coup au cœur.

— Je dois tout abandonner pour le suivre et je ne peux pas... Je ne suis pas prêt pour cela. Tu comprends ? Non, visiblement pas.

Le visage fermé de son ami l’attrista. Une douleur dans la poitrine le traversa.

— Tu n’as jamais été sincère avec moi. Je suis... écœuré.

— J’ai toujours été sincère avec toi, Ferréol. C’est juste que cette situation m’échappe et...

— Tu préfères agir lâchement ? Franchement, je te découvre sous un nouveau jour ! Pour faire des conneries de gamins, tu es présent. Mais pour prendre ton avenir en main comme un adulte, tu disparais ? Tu as raison... reste dans ton monde et je vais te dire une chose, surtout ne vient pas dans le mien. Tu as raison, une souris dans ton genre se ferait manger.

Ciaran se leva à son tour. Que voulait dire cette conversation ? Ce n’était pas ce qu’il voulait. Il voulait discuter avec son ami, mais pourquoi le prenait-il si mal ? Il ne le comprenait pas !

— Je ne suis pas un lâche et tu le sais...

— Si tu en es un ! Et tu le prouves aujourd’hui. Défié l’autorité d’une école, ce n’est pas être responsable et mature ! Tu vois moi, mon père a décidé de me marier avec l’ex-fiancée de mon frère. Eh bien, j’ai pris mes responsabilités et j’ai accepté. Je ne dis pas que c’est la fête dans ma tête. D’autant que cette fille est un poison ! Mais il y a un moment pour tout...

  • Mais ton frère à refuser ! protesta Ciaran. Pourquoi toi tu as accepté ? Ce n’est pas prendre ses responsabilités...

Un sentiment de panique envahit Ciaran. Comment ça, il allait épouser cette femme ? Mais, c’était impossible ! Déjà qu’ils ne pourraient plus ce voir à la fin de l’année scolaire, alors s’il était fiancé ? Ils ne pouraient plus du tout être ensemble ? Cela signifiait la fin de leur amitié ? Il ne le voulait pas !

— Je crois en l’honneur, Ciaran, ne l’oublie pas. Non seulement ça, mais c’est Irmine qui l’a demandé à son père et ce dernier à contacter le mien. Je ne pouvais pas refuser. Je crois... Je crois que Daegan est vraiment homosexuel comme toi et c’est pourquoi je comprends qu’il ne puisse pas accepter ce genre de mariage.  J’étais heureux que l’on puisse devenir comme des sortes de frères durant un certain temps et peut-être que vous auriez pu tomber vraiment amoureux. Enfin, c’est la vie. Je te souhaite bonne chance pour la suite de ta vie. Mais il n’y a aucune chance que tu m’y retrouves à nouveau.

Et sur ces dernières paroles, Ferréol quitta la pièce. D’abord hébété, Ciaran se leva à son tour et partit à la recherche de son ami. Mais lorsqu’il se retrouva dans la rue, il le vit en compagnie de son frère. Ce dernier leva les yeux sur lui, tandis qu’il reculait d’un pas. La froideur de son regard le gela sur place. Les deux frères quittèrent les lieux sans un regard en arrière. Ciaran ne fit plus un seul geste pour tenter de les arrêter. Sa vie venait à nouveau de s’effondrer. Il se laissa choir sur les marches de l’escalier en pierre. Qu’avait-il fait ? Ferréol avait raison, il n’était qu’un lâche.

Il n’aurait jamais plus d’occasion comme celle-ci.

Dans trois jours, les cours à l’université allaient recommencer. Grâce aux jeux, Ciaran avait pu se payer les frais d’inscription. Malheureusement, il ne pourrait pas se payer la totalité de ses livres. Il remerciait silencieusement Ferréol de lui en avoir déposer trois des plus coûteux. Maintenant il se tournait vers un réseau d’anciens étudiants, il avait pu récupérer d’autres vieux livres. Quelques-uns lui avaient offert du matériel dont ils ne se serviraient plus.

Pour ne rien arranger, sa mère lui faisait carrément la tête. Elle ne décrocha pas une parole jusqu’à la veille. Là, Amberine lui avait annoncé qu’elle ne désirait plus qu’il rentre à la maison. Que s’il était assez grand pour s’attirer les foudres d’une famille puissante et s’il estimait pouvoir s’en sortir seul, qu’il prenne ses responsabilités. Il vivait ses derniers jours chez elle.

Alors qu’il se rendait à l’internat, une mauvaise surprise allait encore l’attendre, pour son grand déplaisir. Aden Warrik le responsable des dortoirs des dernières années, était venu lui annoncer qu’il devait se trouver une nouvelle chambre.

Ce n’était pas prévu. Habituellement, il vivait dans la même que celle de Ferréol, mais le responsable des dortoirs lui avait signifié que son ex-meilleur ami avait demandé à avoir une chambre individuelle dans la partie privée des élèves VIP de l’université. Jamais, au grand jamais, Ciaran n’aurait cru qu’un jour, Ferréol ferait ce choix drastique, tout ça pour le fuir ?

Comment en était-il arrivé là ? Oh par sa faute, c’était sûr !

Alors qu’il regagnait la sortie de l’université après avoir régler son dossier administratif afin de rentrer chez lui, Ciaran fut brutalement poussé contre un mur. Trois terminales comme lui l’encerclaient et vu leur tête, ils paraissaient heureux de le coincer.

— Alors, Giskero ? Tu n’as plus ton garde du corps de luxe ? T’es seul ? Tu vas pouvoir abandonner tes petits airs supérieurs maintenant et rentrer dans le rang ! Punaise ! Depuis le temps que j’attendais ça. J’y croyais plus ! Un mec comme toi qui vient de Vinda qui nous tenait la dragée haute, alors que nous venons tous de Rosa... On va te faire passer l’envie de t’être foutue de notre gueule.

Ciaran voulut se défaire de la prise de ses tortionnaires, mais ces derniers trop contents de l’avoir coincé le rouèrent de coups. Certains s’arrêtaient pour les regarder, d’autres passaient à côté d’eux sans s’arrêter. Lorsque Ciaran releva enfin la tête, il vit passer devant lui Ferréol. Ce dernier tourna un bref instant son visage vers lui, puis détourna les yeux et repris sa conversation avec un terminal qu’il savait venir de Lilie, lui aussi.

Le groupe le laissa tomber au sol, et Ciaran se laissa choir lourdement.

Son cœur venait à nouveau de se briser. Comment cela était-il possible ? C’était un cauchemar ? Il donnerait tout ce qu’il avait pour qu’il puisse être à nouveau au côté de son ami. Mais lui avait définitivement tourné la page. Connaissant Ferréol, c’était le genre de décision qu’il entérinait définitivement.

C’est en clopinant qu’il rentra chez lui, à Vinda. Il ne savait toujours pas où se trouverait sa chambre en rentrant à l’université. Cela lui promettait encore quelques sueurs froides. Ciaran réalisa aussi, que la présence de Ferréol à ses côtés, l’avait protégé de multiples désagréments auxquels, il n’avait jamais fait attention jusqu’ici. C’est vrai qu’en y repensant bien, songea-t-il, les quelques personnes originaires de Vinda, étaient souvent maltraités et méprisés par quelques groupes d’individus, qui pensaient que seuls les classes les plus hautes devaient accéder à une bonne éduction.

Pourquoi ne s’en était-il jamais rendu-compte avant ? Certaines scènes lui revenaient en mémoire et un profond malaise s’installa en lui. Il avait réagit comme Ferréol plus tôt, avec lui. Il avait jeté un regard pour ensuite le détourner très vite, aveugle et sourd à la souffrance des autres. Cela ne le concernait pas après tout ! S’ils ne savaient pas se défendre, c’était leur problème.

Mais jamais, au grand jamais, il n’avait fait le rapprochement avec la présence de Ferréol à ses côtés, jusqu’à aujourd’hui. Un frisson le traversa. Il ne savait plus très bien où il en était, et ce sentiment d’être perdu, le laissait désarmé face à cette situation inédite pour lui.

 Sa mère parut surprise de le voir rentrer ainsi. Sur le coup, Ciaran avait pensé qu’elle le laisserait se débrouiller seul, mais au lieu de cela, elle le fit asseoir et entreprit de le soigner avec tendresse. Ciaran fatigué et à bout, éclata en sanglots une fois seul dans sa chambre, mais il ne desserra pas les dents sur ses tourments.

Le jour de la rentrée sonna et Ciaran se présenta avec quelques bleus encore bien visibles. Loin d’être aussi souriant qu’auparavant, il montrait une mine sombre, renfermée. Il suivit les cours comme les années précédentes, mais quelle ne fut sa surprise en voyant la tonne de devoirs à faire, dès le premier jour.

Lorsqu’il se présenta au dortoir, Aden lui montra sa nouvelle chambre. Il y avait déjà quelqu’un. Un type de dernière année comme lui.

  • Voilà, donc faite en sorte de bien vous entendre. Ciaran, j’ai essayé de te mettre avec un étudiant du même cycle que toi et très sérieux. S’il te plaît, fait en sorte de ne pas causer de problèmes, parce qu’il va m’être très difficile de te trouver une nouvelle chambre.
  • Merci, Aden et je serai me tenir tranquille, ne t’inquiète pas sur le sujet.

Ciaran l’avait dit d’une voix légère, pourtant il se rappela certains regards dont il avait été l’objet durant cette première journée.

  • Tant mieux. Bon et bien bonne soirée…

Aden quitta le seuil de chambre et Ciaran remarqua que toutes ses affaires avaient été deposées à côté de son lit. Il poussa un soupir de soulagement et entrepris de faire son lit, et de ranger toutes ses affaires. Cela lui prit une heure. Son voisin ne lui décrocha pas une parole, il étudiait et rien ne paraissait le perturber.

Ensuite, il commença ses devoirs et il passa une main nerveusement derrière sa nuque. Comment allait-il faire face à cette tonne de travail ? Puis, après un soupir, il débuta son premier devoir de droit législatif.

Il y passa une bonne partie de la nuit. Son nouveau voisin de chambre travaillait autant que lui et se montra peu loquace. Si bien que le lendemain au réveil, il ne savait toujours pas comment il s’appelait. En plus, cet énergumène était rapide. Il était déjà prêt, alors que lui se réveillait. Il allait devoir se bouger un peu…

Les journées se suivirent et se ressemblèrent durant une dizaine de jours. Les économies de Ciaran fondaient comme neige au soleil. Il se faisait tabasser au moins une fois dans la journée, les meilleurs jours. Il se retrouvait à faire toutes les corvées ! Et n’avait plus personne à qui parler. Son voisin de chambre l’ignorait totalement. Enfin, c’était mieux ainsi se consola Ciaran. Au moins, il évitait les coups.

Néanmoins, il devait trouver une solution pour l’argent. Il devait acheter ses fournitures manquantes, et également payer sa cantine. Une nuit, il se décida à quitter le milieu réconfortant de l’université pour se rendre dans les rues chaudes d’Asplenia. Il y trouverait bien un casino. Il allait jouer ses dernières économies, au moins il tiendrait plus longtemps dans ce lieu, qui restait malgré tout, cher à ses yeux.

Les jours passèrent et les notes de Ciaran chutèrent au point de devoir se rendre au bureau du principal des élèves. En cinq ans, c’était la première fois qu’il se faisait convoquer pour ce genre de motif. Sa nervosité grimpait en flèche. Certes, il s’était mis à l’abri financièrement, mais maintenant il risquait de se faire virer à cause de ses résultats. Qu’allait-il trouver comme excuse ?

Il réalisa que c’était la première fois qu’il était aussi nerveux alors qu’il était convoqué. De plus, Ferréol l’accompagnait toujours dans ses mésaventures, mais pas cette fois-ci.

Arrivé devant la porte en bois sombre ouvragé, il se saisit du marteau et cogna à la porte.

— Entrez !

Après avoir laissé échapper un long soupir, Ciaran entra. L’immense pièce qui croulait sous les livres voyait en son centre, un bureau en forme de U. L’homme assis derrière paraissait minuscule, enfin il était minuscule. Et son bureau, ses dossiers, ses livres qui s’empilaient n’arrangeaient rien à sa situation.

— Prenez un siège, Monsieur Giskero, lui dit-il en lui désignant un fauteuil capitonné.

— Merci, Monsieur le Principal.

Monsieur Hiller tira un dossier de sa pile et le posa devant lui. Lentement, presque de manière théâtrale, il souleva la couverture jaune poussin. Sa nouvelle couleur pour l’année scolaire à venir.

— Je vois que vous faites toujours l’objet d’expéditions punitives.

Étonné qu’il le sache, passa une main nerveuse sur son cou, et son visage, là où apparaissaient des marques. Les autres étaient cachées par ses vêtements. Ciaran rebondit sur le sujet pour qu’il puisse remédier à son problème. Hiller leva les yeux de son dossier pour lui répondre :

— C’est impossible. N’oubliez pas que vous venez de Vinda et que vous n’avez aucun droit ici. La plupart des élèves ont un statut social plus élevé que le mien. Que voulez-vous que je leur dise ? M’écouteront-ils ? Certainement pas...

— Si vous n’essayez pas, jamais nous ne saurons...

— Mon garçon, mon garçon..., coupa Hiller sur un ton plein de compassion. Je crois que côtoyer, Monsieur Egerlay, durant toutes ses années, vous ait monté à la tête. Vous étiez protégé par lui ! Et c’est pour cela que jamais vous ne vous êtes fait renvoyer. De plus, son frère, Mon Seigneur Daegan Egerlay, faisait peser une épée au-dessus de nos têtes, si nous tentions quoi que ce soit contre son frère ou vous-même.

En entendant cela, Ciaran blêmit. Son sang venait de quitter son corps. Il s’agita sur son siège. Pourquoi le frère de Ferréol les protégeait ? Pour son frère d’accord ! Mais lui ?

— Donc à présent, conduisez-vous comme une personne de votre rang... autrement dit comme un moins que rien. Nous avions accepté votre présence dans ses murs parce que vous aviez de très bons résultats. Mais est-ce que c’est parce que, Monsieur Egerlay, vous aidait durant les contrôles d’une manière ou d’une autre ? Quoi qu’il en soit, vos notes sont catastrophiques, depuis quelques semaines.

—  Non ! Comment pouvez-vous dire cela ? Ferréol ne m’a jamais aidé au cours des contrôles !

— Vos notes parlent pour vous ! Mais restons calmes.

Qui s’énervait ? se demanda Ciaran. Ses mains transpiraient abondamment et son regard ne cessait de ciller depuis que Hiller soulignait sa provenance. Que comptait-il faire ? Le renvoyer ?

— Je vous laisse une dernière chance afin de me prouver que vous êtes l’auteur de vos précédentes bonnes notes. Toutefois, si vous créez de nouveaux troubles, ou si un incident quelconque me venait aux oreilles, vous serez renvoyé, sans autre forme de procès. Est-ce bien clair, Monsieur Giskero?

Tout le long du discours, Ciaran éprouva un mélange de soulagement et de révolte. Une folle envie de lui sauter dessus l’étreignait, mais s’il le faisait, il se ferait virer. En même temps, cet homme lui donnait aussi une chance. Il n’attendit pas sa réponse pour conclure l’entretien.

— Vous pouvez partir, Monsieur Giskero... et fermez bien la porte derrière vous, elle se ferme difficilement, depuis que Monsieur Egerlay l’a enfoncé la semaine dernière.

En apprenant cela, les sourcils de Ciaran formèrent un accent circonflexe. Ferréol avait été aussi convoqué ? Et en plus, il avait créé des problèmes dans le bureau du principal ? Était-il fou ?

Pourtant, Ciaran ne fit aucun commentaire et se leva sans bruit. Lorsqu’il arriva à la porte, il ne put s’empêcher d’y jeter un coup d’œil. La lourde porte avait été dégondée et mal remise.

— Vous observez les méfaits de votre ancien ami ? Enfin, ancien...

Surpris, Ciaran se tourna vers Hiller, mais ce dernier lui fit un geste de la main l’invitant à sortir.

— J’ai un autre rendez-vous après vous, alors sortez, Monsieur Giskero.

Le principal, ferma son dossier et le posa sur un angle de son bureau et s’en saisit d’un autre. Il ne lui prêtait plus aucune intention. Ciaran quitta les lieux et referma la porte lentement et sans bruit. Alors qu’il dévalait les marches pour rejoindre le rez-de-chaussée, il ralentit alors qu’il reconnaissait la silhouette de Ferréol qui les gravissait quant à lui.

Tout d’abord, ce dernier ne le remarqua pas et puis leurs regards se croisèrent. Inconsciemment, Ciaran ralentit son pas, son cœur battait très vite. Ferréol détourna les yeux et ne lui fit aucun signe de reconnaissance.

À quel moment, n’avait-il jamais pensé que cet homme n’avait aucun charme ? Puis, une fois qu’il l’eut dépassé, le temps reprit sa course. Ciaran descendit les marches sans se retourner, même si cela avait été bref, cela faisait tellement longtemps qu’il n’avait pas vu son ami, qu’un sourire illumina ses traits. Cela faisait un mois et demi que cela ne lui était pas arrivé.

Il se promit de faire tout ce qui était en son pouvoir pour ne plus être convoqué et puis il n’avait nul besoin de sortir pendant quelque temps. Il allait rattraper son retard et montrer à Hiller qu’il était seul responsable de ses notes.


 

SOMMAIRE

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